Rando VTT dans la Vallée Borgne. A la conquête du mont Aigoual.
Ce mardi il neige. Ce n’est pas rare qu’il neige un 9 février. La neige quand tu es au chaud t’ouvre un espace d’évocation. Tu regardes de la fenêtre de ton HLM les toits des immeubles
plus bas. Elle tient ici, sur les tuiles rouges des toits neufs, elle fond là sur les zincs ternis par leur longue exposition aux embarras du ciel. En face la grande tour n’est plus
nette, le trou noir des vitres sombres s’éclaire des milles flocons qui nous séparent. Tu ne vois plus en ligne droite, ton regard furette entre les taches blanches pour reconstituer les lignes.
Il te reste moins de huit cent mètres devant toi, la neige borne ton champ de vision, autour de toi, tout se rapproche car l’espace se rétrécit.
Tu n’as pas de grands souvenirs de neige, une fois une marche en raquettes, une fois un peu de luge. Tes engelures quand tu fais des boules de neige. Les gants en laine tricotées détrempés t’ont brutalement gâché ton plaisir du jeu. Tu ne sais pas glisser, juste courir ou pédaler.
La neige va maintenir ton VTT à la cave. Si longtemps que vous ne vous êtes pas engueulés tous les deux ! Cet hiver t’a plus contraint que tu t’y attendais.
Début juillet, t’étais dans le Gard, dans cette merveilleuse vallée Borgne. C’est la visite de la maison de l’eau, en descendant le Borgne du Pas vers les Plantiers qui te donne l’origine occitane du nom, « vallée Borgne », du fait des sources nombreuses qui courraient sous les schistes. T’imaginais une sombre histoire de cyclope….
Le pays se mérite. Les vallées sont bien creusées entre des collines austères. Le paysage s’ouvre et
devient plus rieur vers St Jean du Gard ou Anduze. Tu sais que de st André de Valborgne le vieux VTTiste ne peut s’échapper qu’en passant deux ou trois cols entre 700 et 1100
mètres.
T’avais décidé de monter au Mont Aigoual. Ton choix c’était par le GR66 à partir du gite d’Air de Cote. Même si les randonneurs à pied t’avaient plutôt dissuadé d’essayer. La journée est super belle. Tu remontes le Col de l’Espinas par Tourgueille jusqu’au gîte d’Air de Cote. Tu repères le chemin du GR 66. Tu as choisi d’aller au Col de l’Estrade. Les panneaux ne sont pas clairs. Au bout d’une heure d’une pente où tu t’épuises t’abandonnes. T’aurais souhaité croiser quelqu’un, mais personne. Les piles du GPS avaient rendu l’âme, et tu avais du mal à estimer ce qu'il te restait à faire. Tu reconnais le coin de pique nique au bord du Tarnon et tu te lâches le long de son lit dans la lumière du sous-bois. Tu te redresses t’abandonnes à la pente. Ton guidon est léger et ta seule inclinaison suffit à suivre les courbes du chemin. Tu balances, tu ondules d’un virage à l’autre comme un pendule attaché au ciel . La gravité n’existe plus : un fil invisible te suspend au-dessus de la route, tu oscilles, tu glisses sur l’onde de la vague agitée des méandres. Vers Gaseiral la pente s’inverse doucement. Tu reprends conscience de ton corps, de ton poids. Le col de Salides est devant toi, il rappelle ton cœur à la vie, relance le tourniquet des mollets. Il a dénoué ton rêve de pendule; tu retrouves la matérialité de la pente. T’es pas inquiet, t’étais monté hier. Avant de basculer, un dernier regard sur le paysage, sur le mont Aigoual qui t’a snobé. Tu te recentres sur la descente, tu renoues ton lien imaginaire au soleil, le testes, te suspends, relances ton oscillation pendulaire, balancé au gré des pentes et dévers.
T’es le pendule du Mont Aigoual.
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Dans l’album « Pendule Mont Aigoual », j’ai ajouté aux photos prises pendant la rando VTT, d’autres images du même séjour, un autre passage. |
T’allais au Lycée à Puteaux. Ces années 62-65 seront décisives pour toi, elles te façonnent, et globalement tu es resté fidèle à ces premières émotions, qui fabriquent tes
convictions. Peut être t’auront-elles figé un peu ? 1962 c’est la fin de la guerre d’Algérie. Pour toi, c’est pas rien. D’abord autour de toi la hantise de la guerre allait doucement
s'atténuer. Elle était toujours présente. Un oncle était « resté » en Indochine, et notre maman avec ces cinq garçons redoutait le moment où l’un après l’autre ils seraient
enrégimentés… Il n’y a jamais eu d’impôt plus inégalitaire et injuste que la conscription.
à descendre les immenses escaliers de marbre. Tu étais allé écouter des
concerts ou des opérettes au Chatelet, mais rien de comparable. Des hôtesses en tenue sombre, t’évitent de te perdre entre les portes et couloirs. T’as cinq francs pour t’acheter un programme, le
texte de la pièce.
De 63 à 65, c’est Georges Wilson que tu découvres alors. Un de ses premiers choix est Luther de John Osborne. Sur scène il y a Pierre Vaneck époustouflant. Remets-toi dans le
contexte sur l’intolérance, les dogmes. En 62 l’église romaine ouvre le concile Vatican II pour une réforme en douceur des rites et pratiques. Elle aboutira en 65. Qu’en reste-il
aujourd’hui ? Rien ! Mais la télé de l’époque nous en fourre tous les dimanches. Il y avait « le jour du Seigneur » et aucune place pour la laïcité. Tout était verrouillé.
Demande qui parlait du « Planning familial », de contraception ? L’avortement était criminel ! L’histoire des religions est jalonnée de massacres. Mais comme c’est pour
sa foi …






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