A l'ascension des neiges, première étape.
C'était encore la grande époque des charters en 1978. Nous allions voyager avec Ethiopia-Air Lines. Tant que tu n'as pas
voyagé comme ça, tu ne sais pas que tous les avions ne sont pas pareils. L'age et l'usage vont bien vite attirer ton attention là où tu ne t'interrogeais pas. Mais bref ! L'époque n'était
pas au contrôle sur internet de la fiabilité d'une compagnie.
C'était ton deuxième « grand voyage » le précédent datait de 1974. Même en charter, rien que le vol, tu bouffais
près de deux mois de salaire. Avec la visite du pays, ça dépassait les quatre mois. Donc, c'était une folie, au sens du budget, et un peu irresponsable au sens de ton impréparation de ce que tu
allais vivre.
Quatre ans pour te refaire les économies, et tu lâches tout dans ce rêve fou. T'avais laissé ta fille bébé à tes
beaux-parents, t'avais vraiment besoin d'air, plutôt de grands espaces. Te régénérer.
Le voyage avait été plus que pénible dans un avion surchargé, où des passagers se faisaient le thé à la menthe en chauffant
leur théière sur un camping gaz. Des heures bloqués au Caire, on n’a jamais su pourquoi, avion portes ouvertes, moteurs arrêtés, sans clim bien sur.
Comment t'étais-tu donc, encore trouvé dans cette galère ?
T'avais pas le choix à cette époque. Les voyagistes officiels, tu ne regardais même pas les devantures. C'était le bouche à
oreilles : moi j'ai un prix au « point Mulhouse », untel part de Bruxelles, c'est possible avec Nouvelle Frontières, mais on ne sait ni la date de départ, ni d'où ils partent. On
te tend un prospectus polycopié sur un papier bleu. Tu vas voir, c'est au quartier Latin. Ce samedi là il y a une bonne foule : Le Kili ? Ben! C'est pas sûr ! On pense avoir les
accompagnateurs, mais ça dépend du groupe. Le parcours, c'est plutôt un thème, c'est au groupe de voir, de décider ce que vous voulez faire, avec la somme, vous devriez trouver les hôtels et les
transports.
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Oui, mais l’ascension ?
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Vous verrez sur place, il y a un hôtel genre « lodge » qui loue ce qu'il faut, au bas de la piste.
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Alors les équipements ? Rien de spécial, des bonnes chaussures, un pull parce que la nuit à plus de 5000 m il fait
froid, et un coupe vent. Il y aura des porteurs, prenez le minimum.
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Pour la nourriture, l'eau comment ça s'organise ?
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Il y a de l'eau, il y a les porteurs, si le groupe se constitue, vous achetez ce que vous avez besoin, on a des caisses
pour tout faire voyager.
Quand tu pars comme ça pour près de quatre semaines, que tu sais les trois thèmes de voyage : Le Kilimandjaro, le
Serengeti, Zanzibar, qu'il te faut prévoir de dormir sous la tente, préparer ta bouffe, avoir un peu de linge, le duvet, le tapis de sol, tu poses tout devant ton sac à dos façon scout (voir
l'emblème du Routard), tu fais des choix drastiques, en repensant à tout ce qu'on t'a dit.
Une fois inscrits, les réunions de préparation s’enchaînent. Il y a un accompagnateur façon débrouille sur place, et un guide
de montagne. Personne n'est allé en Tanzanie. On sait juste qu'il faut avoir de la monnaie d'échange, et que ce n'est pas seulement du fric. La discussion sur la bouffe pour l'ascension va nous
faire prendre : des nouilles, des soupes en sachets lyophilisées, du saucisson, de la purée mousseline, du poisson, genre colin, en boite (ce qu'il y avait de moins cher), du pain
longue conservation, des boites de cassoulets « industriel ». Manquait que le singe et les biscuits durs !
Les fameux « circuits aventures » d'aujourd'hui ont un coté sage et sécur qui t'ont fait oublier depuis longtemps
tes petites histoires.
Dans les quelques photos du jour, autour de Arusha, t'as ajouté tes petites notes griffonnées dans les moments d'attente. Tu
les as exumées il n'y a pas longtemps, les pilleurs de cave avaient jeté par terre le contenu de tous les cartons, de toutes les boites. Dans la poussière t'as déterré ces vieux souvenirs.
T'avais scanné plusieurs boites de diapos. Tu sais qu'il t'en manque, parce que t'en as fait dupliquer et les originaux n'ont jamais retrouvé leur place. Et puis en fonction de tes
interlocuteurs, t'avais la version complète, ou la version 2*50. Les déménagements et le reste ont pas mal bousculé ton trésor.
Alors quelques lignes de ton calepin :
Les dates exactes du séjour sont perdues, reste celle de l'arrivée à Gillman's point : 13/07/1978.
Arrivée samedi 18h à Moshi ; plus de quatre heures de retard. Aucun bus ne nous attend. Pas d'accueil. Premiers palabres,
il faut aller à Arusha. Non prévu. (Bataille pour les chambres et les sanitaires).
Hôtel Greenland.
Le soir grosse discussion : 3 gars du groupe réclament leur tune et partent en autonome.
Des tentatives de change au noir. Des essais moyens et d'autres plus fructueux. (Dans une autre partie du voyage, le guide
parti le soir en « transaction » se fera agressé.)
Taxi jusqu'à Norango Hotel pas loin du départ pour le Kili. C'est une sorte de lodge où nous préparons l'ascension. On y
dresse nos tentes, et le soir on fait chauffer des nouilles, on tranche le jambon de Bayonne. Gruyère.
Le matin petite pluie. Le réchaud ne marche plus.
Petit passage « buvette ».
préparatifs longs= négociation sur le nombre et le prix des porteurs : 16 porteurs pour le groupe de 20.
Arrivée en Land Rover à la barrière du parc national vers 14h25.On sera au refuge de Mandara hut vers 17 h45.
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