Quatre jours à Frontenay, sans VTT tu te lasses.
Quand les activités de ta femme l'amènent à se déplacer, souvent l'été tu l'accompagnes, et t'en profites pour découvrir une région où tu ne serais pas allé de ton initiative. Au téléphone, en janvier, elle t'annonce Dole, dans le Jura. T'as rien contre, tu sais juste qu'en juillet t'as besoin de ta polaire, et de ta combi d'hiver pour la rando.
Dix jours avant le départ, un méchant soleil par-dessus ta bécane t'a coupé le souffle, le jura ce sera à pied. Double peine, en plus de ton souffle court, tu bénéficies de ce temps merveilleux, ou chaque vallée, chaque colline abrite son nuage, jamais une heure sans eau. Du coup t'as parcouru plus de fruitières vinicoles que de chemins de randonnée boueux.
Pourtant t'aurais du te méfier davantage. Quelques semaines avant le départ, le gîte était prévu dans un château à Frontenay, qui accueille les groupes. Rien à voir avec Dole, c'est le jura profond...
Quelques images donc de l'environnement. Quand il y a du soleil, c'est plutôt sympa. Mais le rite de l'apéro, vin d'Arbois + saucisson en terrasse, n'a pu être célébré qu'une fois, polaires et Kwai remontés jusqu'au cou.
Dans les pièces d'habitation réservées habituellement aux groupes, il n'y avait qu'une chambre vraiment correcte. Autrement faut aimer la poussière, les cadavres exquis des petits insectes, le salpêtre qui sert de rembourrage aux vieilles tapisseries décollées, le petit cabinet de toilette dans un placard façon vaisselier. Le grand escalier de pierre en colimaçon est un hippodrome à mille pattes, au meilleur moment de la nuit. Bref, quand tu respires mal, que ton dos blesse quand t'es couché, tu revois avec nostalgie le vieux casernement de ton service militaire. Il était frotté, récuré tous les jours, même si tu devais t'y coller énergiquement.
Dans un rayon de 25 km autour du village il y a de beaux sites, comme la reculée de Baume les Messieurs, et quelques abbayes. Arbois est une petite ville animée pleine de charme. Mais que j'aurai préféré y être en plein soleil sur mon vélo ! Pas abrité sous mon blouson ! Le journal local mettait chaque jour en première page un photo montrant les gens agglutinés sous des parapluies serrés. Un gros titre, par exemple: « Camping : 50% de places vides ! ». Les occupées devaient l'être par des condamnés à rester.




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