Carnets d'Argentine

Jeudi 3 avril 2008 4 03 /04 /Avr /2008 16:13

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Argentine (7)

Fortunato de Humahuaca

 

 

 

Quand tu visites, tu photographies, tu filmes, tu ne sais pas toujours sur qui, sur quoi, tu tombes. Tu as été amené là par ton opérateur de voyage. Tu sais que tu va voyager dans la Quebrada de Humahuaca. Tu pestes parce que des sites qui te paraissent merveilleux passent sous les vitres du car, sans te laisser t'y poser. Là, tu penses que t'as mal choisi ton voyage, si tu ne peux rien saisir dans tes souvenirs, dans ta carte mémoire jpeg, dans ton disque dur mpeg, autant laisser aller ta colère. Ce que je fis sans retenue. Je t'ai raconté hier, presque par dérision le menu de ce que nous avons mangé dans ce qui fait office de restaurant à 1km du centre ville de Humahuaca.


Je t'ai montré le monument aux héros de l'indépendance. Mais en revisitant mes notes, écoutant dans le calme (j'ai du le faire une dizaine de fois) le discours en français de Fortunato Ramos, relisant ses poèmes, je suis encore frustré ! Comme je ne comprends pas l'Espagnol et que je suis concentré sur ma prise de vue ( des moqueurs diront un peu coincé), je n'avais « imprimé » dans ma cervelle rebelle que quelques images sur son passage en France, et qu'il était instituteur.

Quand tu regardes l'immense statue de L'Indien surmontant le monument de l'indépendance, que tu vois l'homme en face de toi, tout d'un coup tu réalises que le héro est là, devant toi, acceptant de signer disque et livre « affectueusement », alors que tu l'as matraqué pendant une plompe avec ta technologie.


Je devais être si visiblement lourdingue, qu'il vient un instant vers moi et me tend un livre, qu'il ouvre à une page et me dit quelques mots en espagnol. Tu me connais, tu sais comment je comprends vite tout de travers, et au lieu de  lire un peu simplement le titre d'un poème en haut de la page, je me mets à le lire, à ma façon. La guide m'arrête et Fortunato commence dans sa langue. Tu te sens vraiment con de n'avoir pas compris le génie de l'autre. Car  il est là, présent, incarné. Quand tu suis le récit, lui dans sa langue, moi dans la traduction, l'émotion t'étreint, les larmes te viennent. Pas de misérabilisme, non ! la simplicité, la beauté, la vie rude du petit enfant jeune berger, et déjà « Homme ». La voix présente, sans être poussée, fait vibrer l'espace et transmet des images qu'aucune technologie ne saura saisir. Rappelles toi, certaines complaintes des montagnes Pyrénéennes ou Basques. Ou simplement les petites chansons qu'on fredonne ensemble, un soir, autour d'un feu, allongés ou assis dans l'herbe jeune, à la fin juin dans la douceur du soir.

 

 

 

 


Quelques lignes du poème  de Fortunato Ramos:

 « Je n'ai jamais été enfant »


Mon sourire est sec, et mon visage sérieux,

Mes épaules larges, mes muscles sont durs,

Mes mains gelées par le froid cruel,

Je n'ai que huit ans, mais je ne suis pas un enfant,

Derrière mes brebis, je marche par la montagne

Et chargé de bois je descends jusqu'à mon refuge

Pour attiser le feu, et tresser ma corde,

Et je n'ai pas le temps pour être un enfant.

...



C'est la traduction des premières lignes de son poème :  « Yo nunca fui niño » (traduction de Maria de Las Mecedes Pagano) .

Le « descendant » des Omaguacas, l'instituteur qui enseigne la tradition et l'innovation, qui parcourt les villages entre 5000 et 3000m des pré-Andes,  puise dans les profondeurs de son âme les vibrations qu'il restitue à l'extrémité de son « Erque », telles que la tienne résonne et se gonfle. Le talent de l'Artiste a transformé ce qui aurait pu devenir un voyage fatiguant en un de ces courts moments de bonheur, qui te donnent décidemment envie de revenir.


Je ne sais pas si il y a des disques en France, j'en ai acheté un là bas. C'est bien plus que  la musique traditionnelle des Andes. Paradoxalement, la profondeur du « Erque » rejoint celle des trompes des moines tibétains qui étaient passés aux « Bouffes du Nord » il y a quelques années. Et ce n'est pas que du surf sur les événements d'aujourd'hui. Le petit livré acheté là bas : « Collas de la Quebrada de Humahuaca », est une perle rare.

Encore merci Fortunato Ramos.


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Début : Retour d'Argentine

A suivre : La Pulcara de Tilcara

Mercredi 2 avril 2008 3 02 /04 /Avr /2008 20:29

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Argentine (6)

Humahuaca au fond de sa Quebrada

 

 

Nous suivons toujours la route N° 9 vers le nord de la quebrada de Humahuaca. Le bus fonce le long du rio Grande, et nous regardons défiler impuissants, villages et montagnes aux couleurs fantastiques. L'horaire est serré. Nous sommes attendus dans un restaurant typique. La peña de Fortunato. C'est d'abord typiquement un hangar moderne. Il n'y a que nous. Nous découvrons le repas :

            Empanadas de queso ( pâté en croute au fromage, mais ça ressemble à un gros beignet)

            Tamal (Boule de maïs avec de la viande, cuit dans une feuille de maïs)

            Humita (maïs broyé avec du fromage roulé dans une feuille de maïs)

            Choclo con queso (épis de maïs au fromage)

            Cazuela de Cabrito (ragout de chèvre)

            Cayote con nueces (charlotte aux noix)

Quand on est comme moi, allergique au fromage, il faut savoir sauter les plats, et se faire plaisir avec le ragout et le dessert. C'était plutôt sympa, malgré le cadre.

Il y avait une animation à la « flute des Andes » par un groupe de quatre jeunes, formés par leur instituteur. Il avait voyagé en Europe et notamment en France avec un groupe de musicien; il savait quelques jolis mots de français. Fortunato Ramos. Je lui dédierai mon prochain sujet.


Une fois encore on passe plus de temps à régler les boissons qu'à visiter le village. Le bus nous reprend et nous laisse au pied du monument « aux Héros de l'Indépendance. » Belle composition avec une statue d'un indien de 12m pour proclamer la fin du joug colonial.

 


Impossible de visiter la cathédrale Nuestra Señora de la Candelaria y San Antonio. Juste le temps de trois photos de la façade de l'hôtel de ville (le Cabildo) avec sa tour d'horloge et les 4 têtes incas qui ornent la façade. Ah ! si on avait pu faire une demi-heure de moins de folklore et un peu plus de visite...

C'est qu'on a tellement envie, qu'il faudra y retourner.

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Début: Retour d'Argentine

A suivre : Fortunato de Humahuaca

 

 


Mardi 25 mars 2008 2 25 /03 /Mars /2008 17:46

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Argentine (5)

Salta - Jujuy - Purmamarca par la Quebrada de Humahuaca

 

Sept heures du matin, on s'installe dans l'autocar. Deux chauffeurs, Monica l'accompagnatrice locale et bien sur Sylvie qui va profiter de la longue route pour nous parler du peuplement des Andes. La région où nous allons, la quebrada de Humahuaca s'est peuplée depuis plus de 10 000 ans avant JC par des courants de migration venant d'Asie par le détroit de Behring, et qui ont suivi la Cordillère des Andes.

Mais avant que cette grande histoire de l'Amérique précolombienne commence, ça roupille dans le bus. Il faut dire que deux jours plutôt après une journée de découverte de Buenos Aire, nous passons une soirée agréable à un spectacle de Tango. C'était sympa, mais répétitif, et finalement un peu lassant. Ce que tu aimes dans les automates c'est la perfection du geste animé par le mécanisme. Ce que tu attends d'une danse c'est l'émotion générée par l'expression des corps. Mais quand la danse n'est plus qu'un amoncellement de prouesses techniques dans la réalisation de figures complexes, ou leur  vitesse d'exécution, avec la précision de l'automate, là tu t'ennuies. L'expression se résume toujours à un enchainement de phases : séduction, préliminaires, exitation, domination, fascination, répulsion...Toujours froid et glacé. Vraiment moi, j'ai aimé le tango dans « Assassination Tango », comme un langage capable de bouleverser l'homme le plus verrouillé. Ce soir là, la si belle musique au bandonéon de Piazzolla  ne peut tout sauver.

Quand le lendemain nous nous préparons tranquillement pour le vol vers Salta nous ne savons pas ce qui nous attend. Le bus nous prend à l'heure, et juste avant de descendre au parking de l'aéroport, Doris prend le micro. Elle nous annonce qu'il y a grève. Qu'elle ne sait pas jusqu'à quand, mais elle va trouver une combine pour nous. Elle a l'habitude...Nous voilà parqués près d'une cafétéria, où des centaines de voyageurs bloqués font la chasse aux chaises vides. Installé on n'ose pas se lever ! Les bagages sont entassés sur deux charriots. Trois se relayent pour les surveiller. Doris revient au bout de deux heures. Le vol est annulé. Il n'y a pas de solution. Elle repart à l'Agence, elle a un autre groupe à s'occuper. Quelqu'un viendra...La fin de l'Histoire, c'est que nous arrivons à Salta à trois heures du mat, debout à six pour la route vers la Quebrada de Humahuaca...

Alors la conférence...On en manquera des bouts. Dans cette vallée c'est les indiens Omaguacas qui vivent. D'où le nom de ces  gorges creusées par le Rio Grande. La route N°9 en suit  le profil et s'élève régulièrement. A Purmamarca au WP 309, mon GPS indique 2311 m d'altitude.


C'est là qu'on fait notre première halte pour contempler la « Montagne aux Sept Couleurs »,  « Cerro de los Siete Colores". Bien sur d'où on est, il est impossible de retrouver la vue d'ensemble de cette colline qui décline toutes les nuances de l'ocre au mauve.  Tu entres dans la petite église et tu es fasciné par sa simplicité, sa voute superbe en bois, et tu repenses aux églises basques. Sur le guide il y a marqué « mur d'adobe ».  Adobe pour moi, c'est « photoshop » etc... Bien et ben les briques d'adobe, sont faites d' argile et de tout ce qu'on peut y mettre avant de faire sécher : paille, copeaux de bois, sciure, chanvre ou même des poils d'animaux. Et puis il y a la place majestueuse avec son caroubier multi-centenaire.

 


Ce coup là on en a perdu cinq. Le bus se déplace sans tous les gens du groupe et sans qu'on ait pu  fixer un point de rendez-vous et un horaire avec la petite Monica, notre jeune accompagnatrice. Le début d'une grande embrouille. Mais le spectacle des Andes est là.


Que te dire d'autre ? Qu'il y a eu domination et mise en place d'une organisation sociale par les Incas. Que cette vallée est un couloir essentiel pour le commerce entre Les Andes et les vallées en contrebas. Que la conquête de l ‘Argentine par les espagnols se fera aussi depuis la Bolivie et le Chili par ces couloirs Andins.

Le contraste entre Buenos Aires et la Quebrada de Humahuaca est saisissant.


Précédent : La Boca - Recoleta.

Début : retour d'Argentine.

A suivre : humahuaca

Jeudi 20 mars 2008 4 20 /03 /Mars /2008 22:33

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Argentine (4)
Recoleta - Cementero de Recoleta - Basilica Nuestra Señora del Pilar

Fin de notre deuxième jour à Buesnos Aires. Nous y repasserons en fin de ce séjour de découverte de l'Argentine. J'ai eu un appel de Clio cette semaine qui se demande s'ils doivent continuer leurs voyages en Argentine. Dans la mesure où ils n'ont pas vraiment de poids pour que leur conception du voyage culturel soit prise en compte par les opérateurs locaux, ils ont raison d'y réfléchir. Pas que nous ayons « raté » quelque chose, non ! Juste qu'on aimerait avoir du temps pour vraiment s'imprégner de ce qu'on découvre, pouvoir faire une photo tranquille, en choisissant un peu son plan...Quoi de plus rageur que de passer devant des coins superbes en autocar, et qu'une voix presque aussi absente que la synthétique du PC t'annonçant l'arrêt « porte de Clignancourt », te dises à droite ceci à gauche cela, sans qu'on soit sur de ce qu'on voit.

Buenos Aires est une ville tonique, remuante, du charme partout et des coins vraiment beaux. Quand on se rappelle la quasi-faillite de 2001, voir tous ces gens qui bossent, toutes ces boutiques, les bagnoles partout, la vie présente à chaque instant, ça surprend. Bien sur le soir en sortant du « Lido » local après avoir assisté à une soirée Tango, la rue est occupée par les Cartonneros qui ouvrent tous les sacs poubelles des quartiers d'affaires pour extraire et trier ce qui peut être recyclé. Marcher dans la rue même sans la pluie devient alors un petit exercice d'esquive.
Les sacs ouverts ne sont pas refermés...
On n'était pas là quand les pluies tropicales ont inondé Buenos aires pendant plus de deux jours. C'est vrai que toute cette partie de la ville est plate. Il n'y a pas de vraie pente pour évacuer l'eau vers le Rio de la Plata. Et si en plus les détritus divers obstruent les égouts, alors ça coince !

Nous venons de quitter la Boca et le Caminito, pour arriver dans le quartier de Recoleta. D'abord un petit restaurant. Ça, le voyagiste local a mis le paquet sur les restaus. Pas de déception de ce coté là, juste se réhabituer ensuite à rediviser les parts de viande par trois ou quatre. Coté bidoche on a fait du sur régime ! Et du gout !

Nous visiterons deux sites, le cimetière, puis la basilique. le Cementero de la Recoleta, est le cimetère chicos de Buenos aires. Même si je peux trouver divertissant certains cimetières, passée la plaque apposée sur le caveau de la supposée tombe d'Eva Peron, je serais bien allé me promener ailleurs. Mais impossible, il fallait y passer une heure. Même si Doris nous fait revivre cette période de l'Argentine, qu'elle donne pour  chaque statue la petite annecdote qui explique  ce qu'on voit!, l'architecture des tombes ne provoque pas le même enthousiasme que celle de Toutankhamon.

Juste à coté, la basilique Nuestra Señora del Pilar. Du XIII éme. Autel en argent. Une céramique sur le mur évoque le Buenos Aires de cette époque vue du rio de la Plata. A l'intérieur un Christ bien songeur, et tout dégoulinant d'un sang bien rouge. Il compatit et tend la main vers les hommes. La couleur du sang est ravivée régulièrement. Intéressante cette visite.

Le soir en regagnant notre hôtel sur la large avenue du 9 juillet (plus de 300 m de large à certains endroits), nous évoquons l'envie de revenir, voir des nouveaux coins repérés dans les guides. Personne ne pense à notre départ pour Salta de bonne heure le lendemain. Il va être compromis par une grève sauvage des personnels de « Aerolineas Argentinas », tu sais, une bien sévère comme à Orly pour une veille de fête, où même les cafétérias sont à sec de tout, et tu ne peux te poser qu'allongé sur les dalles glacées, les néons fixés sur tes yeux.


Début : retour d'Argentine
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  A suivre: Quebrada de humahuaca - Purmamarca

 

 

Lundi 17 mars 2008 1 17 /03 /Mars /2008 16:11

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Argentine (3)
Caminito – Barrios La Boca – Buenos Aires.

Le bus ne nous a pas laissé déambuler autour du stade des Boca-Juniors. Doris, notre accompagnatrice veut nous faire découvrir un café intéressant avec des vieilles photos qui évoquent la culture traditionnelle argentine et quelques figures emblématiques.
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Nous arrivons donc au « Caminito ». Va savoir ce qui m’a fait nommer des photos Carminato ou Carminito. Des associations. C’est vrai que les couples qui dansent ou qui invitent à la danse les pépés en short et les mémés avachies m’avaient fait penser à certaines scènes de Carmen. Pas les pépés – mémés, non, l’allure altière de ces danseurs de tango. Tu entends, tu vois Carmen sensuelle face à Don José, les castagnettes, les trompètes en arrière plan et la danse, le chant qui enserrent et ravissent ce pauvre Don José. Il y a de quoi devenir fou !

 

Les personnages sont là, la lumière, la musique et la couleur !

 

A l’extrémité de Caminito, il y a la place « Vuelta de Rocha » juste devant les vieux docks sur les berges du Richuelo, le vapeur désaffecté, le pont transbordeur. Tout un décor de friches industrielles. Là aussi.

 

C’est vrai que le quartier est pour nous, les touristes, mais pourquoi bouder son plaisir ? Tu es franchement dépaysé et séduit.

 

 Ton bus ne peut stationner, il repasse dans la rue pour la deuxième fois, te donnant le signal du départ. Tu courres du monument dédié à San Martin, à celui des pompiers, à cette petite maison en tôle abritant des artistes. Du coup tu sais que tu n’as pas le temps de respirer ce lieu, son air. Que tu devras repasser, prendre ton temps.

 

Assis dans le bus, tu te remets de tes émotions. Tu es parti de l’avenue du 9 Juillet, près de « l’Obélisco ». Des quartiers commerçants et d’affaires. Tranquillement te voilà dans la Boca. C’est un peut comme d’aller de la place de la Bourse à Montmartre en remontant la rue des Martyrs. Il faut pouvoir marcher pour goûter les transformations progressives des quartiers.

 

 

Là, on roule déjà  vers la « Basilica de Nuestra del Pilar ».

 

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A suivre : Recoleta Basilica Nuestra del Pilar

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