Carnets d'Argentine

Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /Nov /2008 22:52

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Trinidad - Mission Jésuite au Paraguay

Argentine (27)

Un nom qui fait penser à un western spaghetti. Pourtant, non, c'est un village du Paraguay, et les vestiges d'une mission jésuite. La santisima Trinidad del Parana.

Nous avons quitté, il y a moins de 20 minutes Jésus de Tavarangue. La route empierrée faite de larges lauzes dans de la terre rouge comme de la brique pilée nous fait vibrer. Il pleut toujours dans cette matinée. J'ai souvent mis la main au-dessus de l'objectif pour le protéger pendant les photos.

Bien sur Huguette est là, elle anime d'un récit plein de vie les vieilles pierres que nous découvrons.  La vie, c'est celle de ces misions, des Guaranis, mais aussi tous les enjeux géopolitiques qui vont déterminer le partage des terres conquises, la sujétion des habitants, quelques petits massacres anodins, puisque le mot génocide et son concept sont récents. L'histoire mettra donc sur le compte de la maladie et de l'incapacité à l'évolution, la disparition de ces peuples capables de telles beautés.

Sous ce climat tropical, les constructions qui faisaient la part belle au bois sont vite fragilisées. L'abandon des missions accentuera leur ruine.

La visite de Trinidad pourtant offre plein de trésors à nos yeux. Quand je regarde les albums photos régulièrement consultés sur ce blog, on trouve en tête Florence, les Cantories, le Baptistère.  Rien d'aussi saisissant à Trinidad, pourtant ont été  sauvegardés des sculptures remarquables, mais rares. Elles sont conservées avec les moyens locaux qui ne sont pas comparables à ce qu'on trouve en Italie. Je n'ai pas de nom de Guarani à te donner, ni comme architecte, ni comme sculpteur, rien. Des artisans anonymes plein de talents. Je  me suis demandé en visitant Florence, comment de telles richesses et de telles œuvres avaient pu être conçues et financées. Est-ce que l'exploitation de ces territoires conquis y a  contribué ?


Je préparerai plus tard la vidéo sur Trinidad.

Il reste une visite à faire : San Cosme Damien.


Précédent : Jésus de Tavarangue

Début : retour d'Argentine

A suivre: le cormoran d'iguaçu

 

 

ps; voila la video

 


 

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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 15:47

Publié dans : Carnets d'Argentine

Le silence, se taire

 

 

Plus d'une semaine que tu n'as rien posté.

Le silence.

Se taire.

Ce n'est pas pareil !

Il n'y a pas de silence.

La rue est plus que jamais bruyante, trop de travaux.

J'ai dit trop fort qu'on était abandonné. Alors ils refont le square pour la millième fois.

Du coup tu n'entends plus les cris d'enfants. Juste le bulldozer. Mais le square, quand il ouvrira, il leur reste quoi aux gosses, l'essentiel est pour les SDF...

Cette nuit ils se sont invités sur mon palier. Des bouteilles vides, des papiers, et d'autres traces...Ils ont du ronflés comme moi, je ne les ai pas entendus !

Depuis trop de jours les cris me réveillent. Souvent dans la rue. Là, c'est derrière la cloison.

A cinq heures, à six heures, tout flambe, les gosses pleurent les femmes geignent et l'homme crie. Quel cri ! Qu'est ce qui lui colle à la peau qui l'entraine dans ces colères désespérées ? Qu'est ce qui l'entrave et l'empêche d'être  ? Sait-il ce qu'il veut ou même souhaite ?

Combien d'habitants dans le quartier ? Le double ! Comprends pas ? Il ya ceux qui comptent, et ceux qu'on ne compte pas. On est le  double.

Se taire, c'est quand on ne peut plus rien dire, quand tout ce qu'on ressent n'a plus de mots. J'ai de la chance, j'ai pu voyager. Ça n'empêche que je sache d'où je viens.  Mais là,  comment te dire que je suis heureux de mes ballades ? Je rêve, mais le matin en longeant la rue, je vois les sans rêves, sans espoirs, j'ai plus de mots.

Clairement le pire est devant nous. Alors je me tais.


C'est vrai aussi, que je n'ai pas été à la hauteur de mes sensations, dans mes carnets de voyage  au cours de  la visite de ces missions jésuites en Argentine et au Paraguay. Il y avait là un rêve fou, des êtres libres et égaux, ce qui n'empêchaient ni l'organisation sociale, le choix d'un leader et quelques contraintes obligataires à un état représenté par les jésuites. C'est cette intermédiation entre un état despotique, des colons avides, et la protection des valeurs culturelles, sociales, économiques et religieuses qui avait rendu possible 150 ans de progrès. Quand il ne reste plus que l'accaparation par les puissants de l'effort de tous et jusqu'y compris dans les moyens de l'état, il ne reste que ruine et misère. Nous y sommes.



Jésus de Tavarangue - La Santisina de Trinidad -  Cosme Damien - Missions jésuites du Paraguay



L'autre soir, tu regardes la télé, tu vois les joueurs d'Uruguay. Et tu repenses à la naissance de cet état dans l'histoire moderne, il est un enjeu  de cette guerre, allié au Brésil avec l'Argentine contre le Paraguay, en relation à l'essor économique de ce dernier, développé par l'assimilation des guaranis chassés des missions par les colons Argentins et Brésiliens. Il est financé par l'impérialisme colonial anglais.


Donc, ce quatre mars 2008, tu franchis, pas trop loin de Posadas, la frontière du Paraguay, pour y visiter ces trois missions jésuites. Ce matin il est à peine sept heures quand nous arrivons au poste frontière. Le passage des frontières reste une loterie, nous prévient Huguette, partons de bonne heure ! Elle collecte les passeports, fait des copies des autorisations du bus et en quelques minutes, nous sommes au Paraguay, en face de Incarnation. La frontière est sur le fleuve Paranã, plus de 4000Km. Un immense pont à traverser. La route que nous suivons nous fait traverser des villages très semblables à ceux que nous venions de quitter.




Jésus de Tavarangue : Quelques photos et une vidéo sous la pluie, dans la brume matinale.  Je te parlerais de Trinidad une autre fois.

J'avais préparé ce sujet il y a plus d'une semaine, sans trouver le temps de le mettre en forme et le publier. Pourtant il me tenait à cœur.


A suivre : Mission Trinidad.

Précédent : Mission San Ignacio Mini.

Début : retour d'Argentine.

Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /Nov /2008 13:08

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San Ignacio Mini - Mixité civilisatrice

Je m'étais donné du temps pour te parler de San Ignacio. C'est d'abord la petite histoire des Guaranis qui m'a interpellée. Maintenant c'est la majestuosité du site. En pleine forêt équatoriale, cet espace était le cœur de l'activité. La grande place des armes, l'immense église qui mêlait pierre et bois dans sa construction, (elle fut si facile à bruler), les salles de classe, les ateliers, les cuisines.

Sur la façade du grand portique à l'entrée, il y a la sculpture de deux anges. Celui de droite taillé par les Jésuites, celui de gauche copie et réappropriation par les guaranis. Ils savaient tout apprendre. En 150 ans la mission a modifier la société guarani. Il y a eu une phase d'adaptation à la vie urbaine, une phase d'imitation, et ensuite ils devinrent des créateurs. Batiments, sculpture, tissage. Il y a eu des écrivains guaranis et des luthiers reconnus en Europe, des peintres et sculpteurs très prisés. Quelle adaptation : d'une économie de subsistance basée sur la cueillette, la pêche sans utilisation de vêtement (c'était des ornements), cette population qui se déplaçait jusque qu'aux contreforts des Andes, s'est urbanisée et  s'adapte au modèle de vie occidental en perpétuant ses propres traditions, ses propres valeurs.

Tu ne te lasses pas de te promener, de laisser la lumière te surprendre entre les nuages rapides et les ombres des pierres rouges. Même si tu entends encore un peu un moteur au loin, c'est le vert de la végétation qui t'emporte, le bruissement des feuillages.

Huguette après nous avoir décrit avec passion la vie de cet espace ,  de ces êtres, explique les difficultés des reconstructions archéologiques, et la lutte permanente pour préserver ces lieux des intempéries et de la végétation qui décèlent les pierres. Il avait fallu 15 ans pour construire cette immense église de pierres sèches taillées. Plusieurs centaines d'ouvriers guaranis.

Nous visiterons d'autres missions, aucune en aussi bon état, mais c'est important de sentir ces lieux revivre par la parole de notre conférencière.

Merci Huguette

 


A suivre : San Ignacio (2)

Précédent : San Ignacio (1)

Début : retour d'Argentine

Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 17:23

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San Ignacio Mini

 

Nous redescendons dans la province de Misionès vers  Posadas, depuis la partie brésilienne des chutes d'Iguazù. A mi-chemin nous visitons les ruines de la mission jésuite San Ignacio.

Quand je choisis notre programme de voyage, je ne comprenais pas trop ce que j'irai voir là-bas.  J'avais en tête le film Mission, et cette histoire de massacre d'indiens convertis au christianisme et plutôt paisibles. Dans le film pour accentuer l'émotion, ils situent l'action dans le décor des chutes d'Iguazù. Nous n'aurons pas besoin de les escalader pour visiter les vestiges des missions qui s'étaient développées depuis le XVII ème siècle entre les territoires traversés par les fleuves Rio Paraná, Rio Iguazù, Rio Uruguay. C'est cette idée de République Guarani qui a déclenché ma curiosité.


 Entre l'archéologue et la conférencière locale, complètement imbibée de la culture guarani, toujours à traverser les  trois frontières, Argentine, Brésil, Paraguay, la restitution de l'histoire captivante et riche d'émotions est l'œuvre de cette dernière.

San Ignacio a été un peu restaurée, parfois avec des maladresses et des inexactitudes, mais les proportions sont là. Et le travail des artisans peut encore se regarder avec gourmandise. La végétation sous ce climat tropical continue lentement le travail d'effacement des vestiges, des ruines des guerres qui ont détruit ces missions à partir de 1767.


Les jésuites avaient accepté la langue guarani comme langue officielle, ils avaient converti un petit 20% de la population, mais conservé l'organisation sociale des guaranis et l'essentiel des structures économiques fondées sur le partage et la mise en commun de la production agricole. Il n'y avait pas de « marché », on produisait juste le nécessaire pour vivre.

Bien qu'ils fussent des guerriers, les guaranis recherchaient ce qui dans leur langue était désignée par « la Terre sans Mal », ceci a nourri la légende qu'ils cherchaient « le paradis perdu », l'Eden. D'où cette démarche des jésuites qui rapprochent les croyances guaranis de la religion chrétienne et qui servira de levier pour les conversions. Au besoin les jésuites ajoutent des croix sur les peintures rupestres guaranis. Ça c'est de la com. !

 


Plus de 70 000 âmes au sens de « foyers » étaient dénombrés à l'apogée des missions. L'essentiel de cette culture guarani a été repris au Paraguay. Mais l'idée du communisme est un peu passée de mode...

 


A suivre : San ignacio (2)

Précédent : ombres et lumières d'Iguazù

Début : retour d'Argentine

Vendredi 24 octobre 2008 5 24 /10 /Oct /2008 20:20

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Ombres et lumières d'Iguazù

 

Après avoir parcouru les belvédères au-dessus des chutes, Huguette notre conférencière locale, nous fait presser un peu car il y a le chemin de découverte qui nous emmène au pied des chutes qui vaut la promenade.  Elle fixe un lieu de rassemblement sur une petite place à l'abri où elle pourra expliquer le parcours, sans avoir besoin de couvrir le grondement de l'eau.

Le « circuit inférieur » aménagé permet de découvrir les 275 chutes du « Salto Bossetti » dont 35 ont un nom précis. Comme la plus célèbre, la « Garganta del Diablo » qui a fait l'objet du premier sujet sur Iguazù. Bien sur les grincheuses de service s'inventent des soucis cardiaques pour exiger d'être aidées dans les cent mètres de dénivelé. Heureusement, une voiturette façon promenades de golfeur passe. Huguette interpelle le conducteur et nos deux pleureuses seront emmenées à la gare du petit train. Tu voyais le coup qu'elles nous empêchent de faire le tour...

La journée avance vite, le soir nous avons rendez-vous à Posadas. Et le dernier train est dans deux heures, Huguette t'avertit du plus loin du chemin il faut trente minutes pour le retour à la gare.

Bien sur aux endroits où les points de vue sont les plus spectaculaires, il y a un petit monde, mais c'est très agréable.  Un chemin d'ombres et de lumières, t'immerge dans la forêt amazonienne. Tu t'y crois. Il y a eu beaucoup d'aménagements pour permettre aux touristes de se promener, mais l'impression reste forte. D'abord l'humidité qui t'imprègne, et qui développe des mousses odorantes. Des oiseaux sous les feuillages pas effarouchés par les flashes des photographes. Quelques belles araignées, ce n'est pas trop ce que j'aime, et ici ou là il faut renouveler ta protection anti moustique.


 La brume des chutes et le soleil t'amusent de leurs arcs-en-ciel qui t'accrochent à chaque nouvelle chute qui débusque derrière un nouveau chemin. T'as fait plein de photo. Tu sais que demain on recommence coté brésilien, mais chaque angle ou perspective t'attire.

Tu comprends mieux la « Mésopotamia » argentine. La puissance de l'eau, du soleil, de la végétation.


Huguette t'explique qu'on est à la limite de plusieurs frontières. Que le Rio Iguazù  et le rio Uruguay séparent l'Argentine avec le Brésil, que le rio Panama dans lequel se jette le rio Iguazù c'est la frontière avec le Paraguay. C'est dans ces terres qu'on trouvera les missions jésuites où vivaient les Indiens Guaranis, ceux qu'on voit dans le film Mission, tourné dans ces chutes. On en visitera trois dans les deux jours qui viennent.

Dans l'album photo, j'ai un peu de mal à trier, j'en enlève deux sur trois...Quand j'ai fini, je les regarde toutes une fois encore. Ombre, soleil, lumière, moiteurs, couleurs, tu ressens tout.

 


Le train nous attendra plus de 20 minutes...Heureusement qu'on n'a pas du se coller les quinze bornes du retour à pied.

 

A suivre:San Ignacio mini (1)

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