Cinéma de Quartier
Daroussin / Tardi
Le pressentiment.
C’est d’après sa biographie sa première réalisation. Le film est à l’image de l’acteur: fausse lenteur et étrangeté lucide. Ce fut un bon dimanche de cinéma. Salle comble et acquise, se libère lentement quand le générique est fini.
L’étrangeté: deux clés seront données dans le scénario, comme s’il fallait la justifier dans le monde rationnel. Moi j’imagine cela comme un conte poétique. Et cette étrangeté, j’aurais aimé qu’elle perdure au-delà du film. Ces deux clés m’encombrent. Elles empêchent l’espoir, cette sagesse d’un comportement sans calculs, acceptant toutes les faussetés des autres sans la moindre mise en cause. Etre soi, dans l’instant. Pouvoir faire devant la difficulté ce qui va de soi, sans précaution. Ne jamais craindre la malice, la perfidie parce qu’elles n’existent pas.
L’argent a trop d’importance dans ce film, il tue le rêve. La lenteur du personnage, c’est Charlot dans les lumières de la ville qui disparaît de l’univers de l’aveugle qui a retrouvé la vue. Discrètement. On aurait aimé que le réel glisse derrière l’imaginaire poétique. Seule la jeune immigrée est au même niveau d’étrangeté, parce qu’elle vit sans s’interroger, juste pour faire ce qu’elle suppose qu’on attend d’elle.
Le déclic qui bascule l’horloge du temps du futile, instantané et superficiel dans l’espace fini du temps qui reste, du sens de chaque acte, de la réponse concrète au besoin, bascule aussi le comportement dans l’étrangeté, incomprise mais tellement plus incarnée.
Daroussin est cette étrangeté : attitudes relâchées, regard doux, absence de colère, même son angoisse fait confiance à la vie.
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Le secret de l’étrangleur.
Coïncidence, ce même week end je lis un vrai bon Tardi, « le secret de l’étrangleur ». Une vie apparemment tranquille qui elle aussi nous fait basculer de l’inconscient noir dans une logique de lumière froide et absurde.
J’aime vraiment Tardi. Comme beaucoup, bien sur, sans le connaître vraiment. Il a cette faculté de reconstituer un Paris sombre et présent qui me fait reconnaître chaque page comme si j’y avais été.
Sur le secret de l’étrangleur je ne vous dirais pas tout, seulement que ça se passe en 59. J’y étais ! Et l’ancrage de cette BD dans l’époque est souligné par une présentation de quelques évènements. Etrange écho à nos banlieues, la police faisait grève parce qu’elle avait subi trop de victimes….Une belle anecdote sur la « vie » ou plutôt la honte de vivre dans les bidonvilles de Nanterre et d’ailleurs. Et la guillotine comme emblème du règlement des conflits.
La magie de Tardi, est dans son personnage, de BD en BD notre héros se ressemble toujours, et il est chaque fois différent. Chaque scénario est l’occasion d’un regard désabusé, fataliste ou désespéré sur la noirceur d’un monde dominé par la bêtise et l’argent. Il est toujours cabossé par la vie, souvent il meurt (« Le der des Ders »), parfois il s’en sort (« Le petit bleu de la côte ouest »).
Au cinéma 1959 c’est les premiers romans de José Giovanni, un gracié de la guillotine, qui deviendront au ciné « le deuxième souffle « et « classe tous risques ». Mais pour moi celui qui pourrait interpréter (ou plutôt aurait pu) les différents personnages de Tardi, c’est Serge Régianni (de « Casque d’or » au « Doulos » et enfin les « Aventuriers »). C’est lui le cabossé que j’imagine. Et là qu’advient-il de notre héros ?
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