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Le petit garçon a repéré la boite sous le sapin de la salle à manger. On l’appelle « le grand », alors il ne doit pas se précipiter. Bientôt, c’est la ruée, ceux qui ne savent pas lire crient c’est pour moi ! Non, c’est à ton frère ! Et moi ? Et moi ?
Quand il empoigne la boite, il n’est pas sur d’à quoi s’attendre ? Il la secoue un peu, là, il commence
à y croire. Que ce mois de décembre avait été long et dur ! Quand il rentrait de l’école, il faisait nuit, et souvent froid. Il fallait qu’il aille vite, car les culottes courtes lui coupaient le
sang. Pourtant sa maman lui avait tricoté de super chaussettes qui montaient sous le genou, mais en courant le long de la rue, elles descendaient doucement. Il les tirait d’une main, sans
s’arrêter, en sautillant.
D’habitude il rentre avec Jacques, ils font de grandes parties de billes ou de calots. La rue Laugier lui a toujours fait peur. Il ne sait pas pourquoi, mais il a peur. Il est peut être simplement impressionné par les immeubles austères, les vitrines sans éclat sauf celle où il y a les grosses voitures ; il ne sait pas que ce sont des « américaines ».
L’autre dimanche ils ont joué tous les deux chez Jacques, il avait son train électrique dans sa chambre. Et quand sa maman disait « à table » ! Il le poussait doucement sous son lit. Lui, disait au revoir, embrassait la maman, courrait jusque chez lui, où la table était mise.
Vers le début décembre, le boulevard changeait. Il y avait des lumières. A côté du marchand de jouets, il y avait des disques de musique. Il y rentrerait un jour, presque dix ans plus tard, puis le magasin disparaîtrait en même temps que la Fnac de l’avenue de Wagram ouvrirait.
Son papa avait deux disques. Un de Franck Pourcel avec des violons, un d’Alexander avec l’accordéon. On les mettait parfois quand il y avait de la visite, surtout la tante de Boulogne.
La vitrine qui le fascinait, c’était celle du marchand de jouets. Il y avait un grand espace avec de fausses collines, des tunnels, une gare et un passage à niveau. Deux petits trains miniatures circulaient, se croisaient, s’arrêtaient à la gare. Le passage à niveau se baissait et un feu rouge s’allumait. Des fois sur l’aiguillage, il pensait bien que les trains allaient se tamponner. Mais non la locomotive BB s’arrêtait et la machine à vapeur passait. C’était toujours comme ça. Il ne comprendrait jamais comment c’était possible. Il n’aura jamais de train électrique. Il y avait déja renoncé.
Il avait regardé longtemps la grande grue mécano. Avec son moteur électrique. Elle montait inlassablement son tas de blocs, puis les redescendait. De temps en temps elle tournait sur elle-même. Il ne s’y attendait pas. Il restait là un bon quart d’heure, le front collé contre la vitrine, le nez écrasé soufflant sa buée sur le carreau. Quand il rentrait sa maman lui disait : « tu as été long, tu as traîné où ? On était avec Jacques… »
Il n’était pas rentré dans la boutique des jouets. Il avait peur. Que dire ? Il n’avait pas de sous. Peut-être qu’on l’aurait pris pour un voleur ? Il y avait derrière une boite marquée numéro huit. Elle était grande, et il y avait la photo de la grue.
Quand il déchire le papier il reconnaît sa boite ! C’est compliqué, il n’y a que lui qui saurait la monter, il montrerait à Jacques, il était fort…
Voilà, c’est un peu avec ces souvenirs confits que le vieux bonhomme cinquante cinq ans après regarderait les maquettes qu’il découvre au château de
Camou. L’homme qui les présente explique qu’elles sont inspirées par ce qu’il a vu ou lu des dessins de Léonard de Vinci. En arrière, sa femme et une amie commencent à se barber sérieusement,
alors que lui continue de questionner l’homme et de s’extasier devant les réductions en bois de crémaillères, pignons, roues dentées, arbres à came et j’en passe. Ah ! comment
convertir un mouvement de rotation en mouvement alternatif ? et puis le treuil à trois vitesses et puis et puis…
Ben oui, mon mécano numéro huit a laissé des traces. J’ai encore une boite en fer blanc de vieux cachets (des calmine), où il y a les petits écrous en laiton jaune et la chaîne qui reliait le moteur au treuil de ma grue.
Je ne te mets pas toutes les images, d’abord parce que je ne suis pas sur que notre guide serait content de se voir, et aussi pour ne pas te lasser.
Mais voilà une heure qui m’a fait du bien, en visitant les maquettes du château de Camou.
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