Partager l'article ! volets clos rue sans âmes: Volets clos, rue sans âme. Je vous poste ce sujet du plus profond de l ...
-C’était dur ?
Non ! Du moment qu’on faisait notre travail, ils nous laissaient tranquille. Les journées étaient longues. On commençait à six heures, il y avait une pause vers dix heures, les Allemands
faisaient un petit casse-croûte, mais nous on n’avait rien. Juste notre gamelle à midi. Je me rappelle une fois, on avait transporté les pièces fabriquées, et là j’ai un besoin pressant. Je fais
le tour d’un petit mur. Puis j’appelle le copain. Derrière ce mur des centaines d’escargots. On en ramasse tant qu’on peut. Arrivés au cantonnement, on s’arrange avec les Tchèques : du lard,
du beurre, et on les prépare ; Il faut quand même trois heures pour les cuire.
Le surveillant des STO, c’était un allemand qui avait fait l’autre guerre. Son fils, soldat avait été tué par un officier français au moment de l’Armistice. En rendant son arme, l’officier avait tiré sur le jeune soldat allemand. C’était un meurtre et plus tard il a été jugé par un tribunal militaire français et condamné à perpétuité. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. Et il avait une fille. Belle. Mais on ne lui faisait pas la cour, pas besoin d’histoires. Je parlais trois mots d’allemand mais plein de choses m’échappaient. Avec mon copain on a surpris une engueulade entre le père et la fille, et on a compris qu’elle couchait avec un Tchèque…On a gardé ça pour nous.
Enfin, ce midi là, j’avais mes escargots préparés dans ma gamelle. Je commence à manger, c’était bon, je te jure ! Elle arrive et me demande ce que c’est ? J’ai du mal à expliquer, je ne connaissais pas le mot. Après j’ai su que ça se disait « Schnecke ». Je finis par lui dire de goutter. Elle mange et trouve ça bon. Mais elle ne sait pas ce que c’est, elle n’a pas compris. Son père lui a expliqué, et les autres allemands ont commencé à trouver ces français bizarres !
Tu sais, on recevait des colis, par je ne sais plus quelle association d’anciens combattants ou d'aide aux prisonniers. Et il y avait des conserves. Des boites bleues, « du singe » ! Tu sais ce que c’était ? De la viande de bœuf en conserve. Et c’était bon. Moi, je savais me la préparer, et je te jure que c’était quelque chose. Alors ce midi là, quand je commence à ouvrir ma gamelle, elle sent tout de suite le parfum gourmand. J’avais décidé de m’amuser, je la laisse goutter et quand elle demande ce que c’est, je lui dis « Affe », du singe en allemand. Elle me regarde horrifiée et courre vers les autres allemands qui commencent à me regarder de travers. J’ai senti que ça tournait mal, j’ai expliqué que c’était du bœuf.
C’était fin 44 ou plutôt début 45, on entendait un peu ce qui se passait, et je sentais bien que ça allait finir. Une nuit on est parti et on a été attrapé par les Russes. Un soldat nous arrête, il avait une lampe électrique, il parle et je finis par comprendre qu’il veut nos papiers. J’avais gardé ma carte d’identité. Il la regarde et nous fait signe de passer. Au camp un lieutenant russe parle français et nous explique que le soldat savait bien lire le Russe, mais est incapable de déchiffrer ce qui est écrit en français, probablement comme nous le russe. Il se contente de regarder le tampon, comme sur la carte d’indentité, il n’y avait pas l'aigle, il a compris qu’on n’était pas allemand.
Le vieil instituteur parle encore une heure, on se donne un autre rendez-vous, et il rentre attendre sa livraison de fuel.
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