Partager l'article ! Le village et le lac de la Punte.: Le village et le lac de la Punte Tu n'avais jamais vécu là, à cette saison. Tu n ...
Le village et le lac de la Punte
Tu n'avais jamais vécu là, à cette saison. Tu n'avais jamais eu la sensation d'être aussi seul en plein village. Un vingt-quatre septembre. Un vingt-deux septembre, Brassens
aurait ajouté « je m'en fous ». Une date anonyme, à l'abandon de l'histoire. Tu attends ton frère, tu ne vas pas te lancer sur ton VTT, tu ne veux pas être crevé. Pourtant le matin est
beau. Ton bol de café à la main, tu regardes la brume du matin envelopper le clocher. Le village l'a fait taire. C'est vrai que d'entendre sonner toutes les heures deux fois (sans parler des
demies) ça t'occupe le jour et surtout la nuit ! Quand tu t'es payé quatre heures sur ton VTT, la cloche peut sonner, tu dors. Mais tout le monde n'a pas ta chance, et ceux que l'insomnie
travaille ont protesté. Alors il s'arrête le soir au dixième coup de dix heures, pour ne reprendre que le matin à sept heures. Et là quelle revanche ! Si tu n'as jamais compris l'expression
« te faire sonner les cloches », viens ici, après quelques coups d'échauffement, après avoir donner l'heure en sept coups comme au golf, la cloche te sonne trente trois coups ! Si
t'avais la moindre velléité de grasse matinée, le dieu sonorisé par la voix des cloches te rappelle que la paresse est un des sept péchés capitaux.
Pas besoin que le petit froid d'automne t'amène les brouillards matinaux. En t'explosant ton dernier rêve la cloche t'installe une brume cotonneuse dans ta pensée matinale. Tu te passes la tête sous le robinet d'eau froide espérant te relancer dans le jour et la lumière du soleil, tu t'habilles rapidement. Tu prépares le café, et constatant que le pain est sec tu te votes un budget croissants frais. A peine huit heures, la boulangère sans ciller t'annonce plus de croissants, de pains au chocolat, il reste une baguette ! Si tu veux encourager le client à stocker dans son congélo les croissants industriels du supermarché, tu t'y prendrais pas autrement. Le voisin qui me croise sur le retour martelé d'un pas rageur, me demande ironique : « vous avez eu quelque chose ? » C'est vrai que tu as plus de chance de pécher un poisson au lac que d'obtenir ce que tu as besoin du boulanger. La loi du marché des puissants de la finance, ici, a son modèle par « la régulation de l'offre ». Pendant la guère et même après, les tickets géraient le rationnement (pour ceux qu'avaient pas la tune), ici c'est la pénurie dès huit heures...A la bolchévique !
Le café bu, la tartine avalée, le soleil te fait de l'œil derrière la brume. Pour tromper ton attente tu prends l'appareil et va faire quelques photos...Crois pas que je sois fâché contre le boulanger, non, mais s'il faut réserver son pain et ses croissants vingt-quatre heures à l'avance, les discours sur les commerces de proximité qu'il faut encourager tombent à l'eau !
Au lac !
Quand j'arrive, il y a deux pêcheurs qui se taquinent en comparant leurs équipements. Impossible de faire le grand tour, la boue tient lieu de chemin. Le petit vent pousse le brouillard, mais d'un coup le bleu poussé par le petit soleil, t'attire. Tu remontes par la tour. Ce village a son histoire, sa tour, son château, mais plus de souvenirs que de vie. Pendant cette grande heure de déambulation tu n'auras croisé personne de connu, rue de derrière, rue de devant, juste l'image de deux VTT laissés par deux gamins attirés par la télé du mercredi.
Commentaires