Partager l'article ! Les flocons du lac de la Punte: La neige te fait abandonner ton VTT pour la marche à pied ! Il est un p ...
La neige te fait abandonner ton VTT pour la marche à pied !
Il est un peu plus de neuf heures et demie, mercredi, quand tu te lances sur ton VTT. T'as bien vu les petits flocons, mais dans la région, ils n'intimident personne. Et si ça ne va pas tu raccourcis ta ballade. La veille tu avais touché tes limites dans le vent et la grêle. Tu seras raisonnable. Tout de suite le vent de face, quand tu veux te ménager, tu penses au retour, et c'est mieux avec le vent. T'arrives sur le plateau, le vent te glace d'un coup, la neige se durcit et les petits flocons te piquent les yeux. Tu te dis : encore un kilomètre et tu prends le petit chemin qui te redescend vers la Bidouze. Le vent te lâche pas et t'as déjà les oreilles mordues. Même pas vingt minutes et déjà tu peines. La petite cote va te chauffer. Tu changes de couronne, et couic le pédalier se coince, tu rétropédales, le ressort de ton dérailleur s'étire, puis se bloque à son tour. Tes cales pieds ne se libèrent pas et tu te votes un petit atterrissage sur la hanche, au moment où tu te laisse tomber, le cale pied cède, ouf ! Tu râles après ta bécane. C'est vrai que t'a oublié de la laver, et le froid de la nuit a durci la boue. Le dérailleur avant est coincé. Tu te remets sur le bon plateau et tu fais demi-tour.
Rentré au village, tu ne t'imagines pas passer ta matinée à regarder tomber la neige. Tu mets tes tennis, un anorak et tu annonces : je ne peux pas rester enfermé, je vais faire le tour des lacs ; tu sorts l'appareil photo du sac à vélo, prends le téléobjectif, et t'y vas.
La neige tombe à fond sans prendre vraiment. Le lac est dans un creux. Il n'y a presque pas de vent. Il y a des grandes pâtures devant, mais pas de vent. Plusieurs fois, avec ton fils, t'avais essayé le cerf-volant, ça ne tenait jamais, parce que le vent passe plus haut. Du coup, tu peux faire ton tour tranquille, t'arrêter autant que tu le veux à regarder la lumière, les flocons qui te brouillent la vue, à guetter un improbable oiseau que tu ne sauras pas reconnaître.
Les aigrettes, elles, te connaissent bien ! A pied ou à vélo tu ne vois que leur dos. Impossible d'être à moins de cent mètres...Alors tu te cales sous un arbre et tu laisses aller ton regard vers les nuages cotonneux. Un battement d'ailes, tu shootes en rafale. T'es passé là cent fois, mais la magie des flocons, te resserre l'espace, le lac est plus lumineux que le ciel, les arbres sombres sont plus présents que la lumière qui les éclaire. C'est une nouvelle sensation pour toi. Chaque son est neuf, même si souvent entendu, sans attention. Là, tu te retournes, cherches, pressens, te fais surprendre. Cette petite marche que tu fais en moins d'une heure, aujourd'hui t'en mettras trois, parce que les flocons du lac t'ont nettoyé les yeux.
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