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La tonte. Mêmes gestes à Aramits
ou à L'Estancia Harberton.
C'est un petit message qui déclenche ma réflexion sur ces vieux métiers et le tourisme du troisième âge. Regarde l'homme
pensif appuyé sur son makila, comme il regarde le travail du tondeur. Probablement il a tondu lui-même des centaines de moutons, et le geste vivant lui fait remonter et revivre les émotions
d'alors, lui plus jeune, un autre temps, une certaine nostalgie. Les bergers et les tondeurs qui font là une démonstration de leur habileté, témoignent par les gestes répétés, synchrones, reçus
des anciens et qu'ils espèrent transmettre à leur tour, de l'universalité d'un savoir.
La foule - une vraie foule- qui est là autour d'eux apprécie la démonstration, pas comme un exercice de foire, mais comme des connaisseurs, des anciens pratiquants. Sur les bancs du stade, à contempler le spectacle, grand-pères et grand-mères ont amené les petits enfants. Pour eux c'est la découverte. Tu savais le faire papy ? Bien sur ! La roue a tourné.
Lorsque l'année dernière notre voyage argentin nous fit découvrir la Estancia Harberton au bord du canal de Beagle, près d'Ushuaïa, nous visitons les vestiges des installations qui servaient à parquer les moutons dans l'attente de les tondre, des tondeuses (les plus anciennes actionnées mécaniquement par une machine à vapeur), les tonneaux pour serrer les peaux et faire les balles de laine. Des photos aux murs rappellent tous les hommes rassemblés pour le travail, tous les gestes identiques répétés d'un bout à l'autre des enclos. Les mêmes gestes qu'à Aramits.
Qu'est-ce qui a fait disparaître le travail de tous ces hommes ? Ce n'est pas le tourisme, il y en a si peu...Je me pose cette question suite au petit message reçu cette semaine qui exprimait la révolte de jeunes devant le tourisme du troisième âge dans des lieux abandonnés par l'économie moderne. L'argent y a détruit l'économie de subsistance et ces grands espaces où tant d'hommes se côtoyaient sont maintenant désertés par la vie.
Pourquoi serais-je plus gêné du plaisir du spectacle de la démonstration des tondeurs, un jour de fête que de déambuler dans les hangars vides du « bout du monde » ? Les valeurs portées sont les mêmes. As-tu regardé la sureté, la fermeté tranquille dans la façon de prendre le mouton, l'immobiliser, le retourner et le tondre, sans que l'animal ne se raidisse, se défende, ou crie. Pas un bêlement, seul le murmure admiratif des regards experts.
Les hommes qui sont là sont fiers de montrer leur métier, d'exister par ce savoir-faire. Combien d'entre-nous ont connu le sentiment de vide quand leur métier les a fuit ? Devoir reconstruire ses gestes, reconstruire sa pensée, reconstruire son regard aux autres.
Alors le tourisme du troisième âge peut prendre des relais : permettre à des êtres de se ressourcer à la mémoire des autres peuples, la confronter à sa propre perception, relire sa propre histoire. Devant les ravages des économies dites libérales, transmettre les réflexes de défense, et aider les plus jeunes à se construire sur des valeurs vraies.
Car décidément il est plus important de se rendre sur place, même en bus climatisé, que de contempler l'image de la vie à la télé. Le voyage nourrit tous les âges de la vie ! Sans forcément aller très loin...
Voir aussi: Ushuaïa - Terre de
feu
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