Jeudi 10 septembre 2009 4 10 /09 /Sep /2009 22:32

Publié dans : alblogrj

Le pont de Hurquet.

Tu voles

Ton VTT est magique, tu voles.

Non pas ce vol disgracieux de ces oiseaux que tu déranges dans ta promenade, les débusquant sur une branche haute ou sous l’ombre de ces arbres bordant la Bidouze ;

Non, le vrai vol de la grâce, le voyage intérieur, dopé par les paysages et l’adrénaline de l’effort. Le vol léger, même sans parapente, qui te fait dominer  chemins et sentiers, villages et fermes perdues.

Le VTT est rouleur et voleur. Il te roule sur des chemins, des routes où tu ne te serais jamais engagé à pied. Il te vole le temps qui passe à chercher ton orientation autant qu’à pédaler. Pourtant, si tu te perds en voiture, tu t’en prends à la terre entière, et à ceux qui t’accompagnent. T’est capable de prendre un sens interdit ou dans ta rage de retrouver ta route de franchir un stop.

Là, simplement tu reportes sur ta carte les coordonnées de ton Garmin et tu te dis que c’est un coup de po d’avoir pu passer là…Désorienté, tout semble plus neuf, le premier repère reconnu te fait atterrir. Ben oui ! T’est là, pas si loin du village, juste que tu n’y étais jamais passé.

 

 

Le lendemain de l’orage, tu peux te remettre en selle, cette fois en config rando VTT. Tu choisis la route des gués de la Bidouze, il y a un passage où tu n’as accédé qu’en la longeant. La carte te montre une colline, à l’entrée de Bergouey, qui semble plonger dedans. Quand tu imagines seul ta rando, la carte c’est le sésame. Dans ce petit coin à cheval sur Béarn et pays Basque, tu ne risques pas vraiment de te perdre, juste de tourner en rond  entre des fermes isolées ou te cogner  dans un bois dense.

Très vite le chemin te confirme que tu ne comprends pas les courbes de niveau. Il y a des bosses à dix ou douze pour cent. Là tu vérifies que t’es vraiment en forme. Il y a longtemps que le seul chrono qui t’importe c’est ton cœur. Il trouve un rythme soutenu qui te permet de monter à l’aise avec assez d’élan, sans à coup, libérant une bonne respiration profonde. Vers le haut tu reconnais cette croisée des chemins à la lisière du bois où tu avais salué des chasseurs l’autre hiver. Pas étonnant qu’ils étaient armés de 4X4. Le chemin raviné descend à pic. Pierreux, des ornières creusées, et ici et la des bogues de châtaignes. C’est moins les pierres que tu surveilles que les ombres qui masquent souvent des creux profonds. L’orage de la veille a dévalé la pente sans même mouiller la terre.

C’est un bon vol. Rapide. Mais ton casque siffle comme les rémiges de l’aigle. Le vent te porte.

Tu voles !


Puis t’atterris…

Quand tu es sur le chemin des berges tu ne te reconnais plus. Finies les ornières, adieu les flaques de boue, disparues les racines en embuscade, le chemin est recouvert d’un ballast concassé. Il y a la place pour un autobus. Bien sûr, tu vois bien dans quelques méandres des champs de maïs, T’imaginais pas que les impôts locaux servaient à désenclaver  ces semis du bout du monde.

Ton vélo devient lourd.


Nouvel envol.

Le voisin te dit: "tu peux rejoindre la Bidouze par un chemin depuis le pont de Hurquet". Lui, il prononce « hourquette »; tu crois connaître le pont, tu fais : "oui, je vais trouver." Sur la carte le point marqué « pont de Hurquet » est à l’embranchement de deux départementales, un grand plateau marqué Hurquet. Mais des ponts t’en vois pas vraiment, t’imagines que c’est sur le « Lauhirasse »,  ta tête cherches une vraie construction. En fait t’as dépassé d’un bon kilomètre une vague dale de béton posée sur un gros fossé. Alors tu prends le premier chemin que tu n’as pas fait qui te paraît aller dans la bonne direction. T’aurais pu sortir la carte, mais là, dans la petite montée, elle t’aurait ralentie. Le regret est un frein terrible. Toi tu sais maintenant que tu peux voler. T’es libre. T’est léger, tu grimpes. Tu ne retrouveras le pont de Hurquet que deux heures plus tard. T’auras fait d’immenses ronds sur le plateau. Et quand tu demandes à un homme occupé à fabriquer du bois, "où mène ce chemin," il te regarde sans comprendre : « vous êtes passé là il y a une heure, c’est d’où vous venez ! »

Ton vol t’a fait rencontrer le Sphinx. Tu sais bien que tu es arrivé par le chemin herbeux qui montait difficilement, lui te montre la route qui descend brutalement.  Quand le bitume s’efface, que la pierre se fait rude, que ta selle te catapulte dans les airs, tu reprends ton essor et plane d’un coup sur le pont d’Hurquet.

 

Tu voles.

 

 

Retour à l'accueil

Autres articles du Thème

Voir tous les articles de la catégorie "alblogrj"

Rechercher

Envoyez aux amis

illustrations

  • Phnom Penh Siem Reap - 08
  • 04-femme-ou-fille-de-ramses.jpg
  • les-hauts-de-chateau-bijou-20.jpg
  • Hanoï le marché le matin - 05
  • autour-du-104--riquel---canal-villette-06.jpg
  • prendre les vagues à Biarritz-26
  • Carnaval-de-Paris-2009-12.jpg
  • été du canal- canal de l'ourcq-02
  • Giverny et Monet - 12
  • Passerelle d Holzarté029
  • chartreuse de Valbonne-17
  • 001-club-2.jpg
  • 07-cementero-de-la-recoleta---ange-endormi.jpg
  • 12-humahuaca-plaza--Sargento-Gomez.jpg
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés