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Du bassin de la Villette au canal de l'Ourcq,
les chantiers refont ton paysage.
Jeune homme, tu regardais disparaître le décor où tu avais grandi entre
Levallois et Puteaux. Coincé dans ton vieux bus à ne pouvoir respirer, la buée était essuyée par une main curieuse, et la vitre glauque te montrait les démolitions, puis la construction de la
première grande tour, près du pont de Neuilly : Nobel. Je ne sais pas comment elle s'appelle aujourd’hui. Tu y as travaillé à la fin des années 60. Fallait traverser le pont à pied, ça
décoiffait !
Le temps fait mine de s’adoucir, tu montes le VTT sur le balcon pour lui enlever sa gangue de boue et de ciment. Tu n'as plus 2 km sans poser le pied à terre. Entre la rénovation de la CPCU, le pont du Tram près des Grands Moulins de Pantin, la réfection des berges du Canal à Bobigny, ça usine de partout, et les engins n'ont pas un regard pour toi. Des déviations sont fléchées qui te renvoient derrière le décor de labeur. Tu slalomes entre les engins.
C'est au retour que tu observes la démolition d'un réservoir de vapeur. L'après midi tu repasses, et depuis la voie ferrée désaffectée, tu restes une petite heure à regarder la manœuvre. Quand l'homme s'approche de l'outil, tu mesures la taille de l’immense cisaille. Elle a du mal à recracher le long ruban qu'elle vient de découper. Elle possède un bec, en pince coupante, et de l'autre coté une découpeuse. T'es pas du bâtiment, tu découvres.
Sur le toit de l'immense réservoir un graffeur avait dessiné un homme tenant un corbeau par la patte. Il est tombé entraîné par le cisaillement de la base.
Redescendu des rails, tu refais le tour, comme lors de tes premiers sujets sur les murs où étaient inscrits « j'aime mon ghetto ». La façade de la CPCU est couverte de tags neufs d'un rouge agressif. Et le chant du Cygne sur la dernière grille.
Comme je m'arrêtais hier au bout de ma ballade vers Aulnay, deux jeunes filles d'une école d'architecture m'interviewent caméscope en main. Le vieux VTTiste soucieux de son image, ne se laisse pas filmer, mais il parle de sa nostalgie de ces paysages industriels qui se renouvellent.
Pour tant hommes, travailler et vivre étaient synonymes. Comment vivent tous les sans-travail qui construisent des baraquements en palettes de bois, le long du canal ?
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