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Dans la nuit froide de l’oubli
Oui tu vois je n’ai pas oublié
La fleur que tu m’avais donnée
Dans la nuit froide de l’oubli
Flétrie et sèche cette fleur
Et le diable des soirs conquis
Tout se mélange, bonheur de Noël, fêtes de nouvel an, les vœux de partout, que tu reçois que tu renvoies ! Bon, bien !
Le froid n’est plus le même froid.
Tu aimes le froid, c’est une sorte de défi, tu braves le froid pour te sentir. Tu le respires de la pointe de l’orteil, jusqu’au dernier de te cheveux ! Dernier ? Il t’en reste, et pour de bon !
Trois semaines sans vélo ! T’imagines pas ! C’est trois semaines sans respirer. Comme un plongeur ses bouteilles vides. Une longue apnée. Petit soleil ce matin, petit vent, quelques minuscules flocons. Presque personne le long du canal.
Sauf les Roms, bien sur. Ils ont à nouveau rasé les baraques de récup. Entre le Décathlon et le Conforama, la hauteur des immondices atteint celle des terrils. Plusieurs caravanes sont parties, abandonnant les produits inutiles de leurs quêtes. Ton vélo zigzague.
Plus de cygnes, moins de canards, les mouettes tiennent le courant. Reste un seul cormoran.
Ils ne sont plus les copains de l’amitié
Tous mes amis ont quitté les cantonniers.
L’autre soir, t’étais passé par Montmartre, il ne neigeait déjà plus; t’as fait quelques photos d’une place du Tertre où on n’y croyait plus. D’ailleurs à quoi pourraient-ils croire ? Vide de gens, vide de sens, vide de plaisir, vide de vie ! Ceux qui étaient là n’avaient pas lu la notice : Noël, se tient aux Galeries Lafayette ! T’avais un cadeau à y acheter, noté sur un bristol argenté, tu l’as eu ! Quel combat ! Pas seulement le maelström qui emporte tout badaud sans idée qui l’ancre ; mais de la caisse au paquet cadeau, tu respires l’odeur de la mêlée des « All Blacks », sens la tension des enjeux, cèdes à la minauderie « çà irait bien avec… »
La marée je l’ai dans le cœur
Qui me remonte comme un cygne
Le tourbillon de la vie, Noël, Montmartre, le Canal, Les Champs-zé.
Fallait que tu y ailles.
Fallait que tu voies la foule.
Elle t’entraine.
Que tu sentes cette folle farandole. Le froid n’est pas insupportable, le vent n’est pas à l’autan. Mais les Champs-zé sont plus longs que les violons de l’automne.
Tu ne connais pas les langues : à peine tu te dis : peut-être italien ? Que tu hésites, russe ou espagnol ? Anglais ou américain tu reconnais. Les uns ne desserrent pas les dents, les autres ne ferment la bouche que pour écraser le chewing-gum.
T’as un coté vampire, comme çà, à respirer la vie des autres ? Non ?
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur
Aujourd’hui Rimbaud aurait mit blogueur, non ?
Le froid n’est pas dehors, tout d’un coup, tu le ressens dans tes os, raides, sans grâces, qui t’empêchent de nager au-dessus des courants, de flotter au-dessus des airs. T’es qu’un homme, presque un bonhomme, un de ses vieux bonhommes transparents, que plus personne ne voit. Les regards se perdent, loin au-dessus de toi, comme s’ils te traversaient sans te voir. Es-tu là ?
Loup y es-tu ?
M’entends-tu ?
Un vieux copain de boulot, plus de vingt ans cote à cote à moins de dix mètres, te croise là, le regard sans vie ne te voit pas, il était aussi transparent que toi.
Surement la retraite…
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