Partager l'article ! Les Ponts de Cé. Les berges du Louet: De la douceur angevine à la précarité des Roms. T’étais content : ...
De la douceur angevine à la précarité des Roms.
T’avais trouvé le bouquin rare que tu cherchais pour faire un cadeau de Noël. A la caisse, tu tombes sur une réédition des meilleures pages de « l’Os à Moelle » de Pierre Dac, parues en 1938-39. Dans le N°1 du 13 mai 1938, ce sujet : « le Petit Adolphe a rendu au jeune Benito la visite que celui-ci lui avait faite ».
Un court extrait : « on fit alors manœuvrer les bateaux dans le petit jardin méditerranéen, on fit voler les avions, et les deux garçons discutèrent à perte de vue sur les mérites respectifs de leurs petits soldats de plombs »
Pas de doute, ça fait un drôle d’écho au film que t’as vu hier, « Vincere » de Marco Bellocchio. Il y a même une réflexion stéréoscopique sur l’incarnation par le jeune Benito de « l’identité italienne ». T’as découvert en prime, une actrice formidable, Giovanna Mezzogiorno, qui te rappela de temps en temps Romy Schneider, du temps de « Max et les ferrailleurs ».
T’avais un peu de niaque :
Tu retries tes photos de vacances, et prends plaisir à revisiter les bords de Loire au sud d’Angers. Même si cette semaine de juillet, il n’avait jamais fait beau, en marchant le long des berges du Louet, tu avais laissé le temps t’imprégner de la douceur angevine. Une barque perdue sur un cours d’eau paisible, est-ce que c’est l’identité que tu cherches ? Difficile à partager ? Hein !
T’avais même plus mal :
Fin des médocs, début du kiné, t’as oublié que t’avais un dos. Alors tu te remets en selle et tu VTTistes paisiblement à la recherche des sensations perdues. Gros temps, gros vent, ces derniers jours. Les travaux le long des berges du canal de l’Ourcq t’ont fait centrifuger la boue du chemin de hallage. Piste cyclable coupée. En passant sous le pont de Bondy, tu longes un nouveau camp de Roms. Surtout des caravanes et des campings cars. Pas des neufs, t’imagines. T’es soulagé au retour, malgré ta capuche qui laisse goutter la pluie sur tes lunettes que des sanisettes ont été installées, ainsi qu’un container à ordures. Est-ce la pluie, tout est calme, propre. Tu te rappelles le « nettoyage » de l’année dernière, les sanisettes c’est bien.
Ce matin, plein soleil. Les musées c’est pas ton truc, t’es plutôt vélo. Tu repars, même chemin qu’il y a quinze jours. Le camp de Roms a presque triplé. Il s’étend vers le parc des bergères. Les sanisettes béent, le PQ est partout rose et vert. Les sacs poubelles culminent en haut du container, et d’autres sacs sont posés en tas, au pied. Certains ouverts. Plus de cinquante caravanes maintenant, surement au moins quatre habitants dans chacune, et ce n’est pas grand. Il fait soleil, il fait doux, tout le monde est dehors. Seaux d’eau, jerricans, lessives, jeux d’enfants. Du coup tu passes entre les groupes qui s’activent de chaque coté du chemin. Près de treize heures quand tu rentres, forcement par le même passage. Des gens ici et là, t’as le soleil dans les yeux .Tout d’un coup, un gamin, pas plus de douze ans, sur son VTT rouillé joue à te foncer dessus, la tête rentrée dans les épaules, le dos aplati, le visage grimaçant : tu te bloques à en tomber, il t’évite avec un fou rire rageur et disparaît derrière le pont.
Tu sais bien qu’il faut faire de la place pour tout le monde, mais t’imaginais pas que le « jeu » commençait par toi.
- Dis, pourquoi tu ne te pensais pas concerné ? Ta piste cyclable, ta douceur angevine, apprends vite à partager. Sinon Bellocchio va devenir prophète.
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