ALBLOGRJ le blog de l'AlbumRJhttp://www.albumrj.com/2006-09-07T20:50:35Zover-blog.com Atom 1.0 Generatorhttp://accel6.fdata.over-blog.com/99/00/00/01/img/avatar.pngcarnets de voyages. randonnées pédestres ou VTT. les coups de coeurs devant les grands ou petits espaces. Islande - Pyrénées- Ardèche - Béarn- Paris et ces murs cachés-Souvenirs d'enfance. http://www.albumrj.com/article-24745824.htmlSan Ignacio Mini (2)– Missions jésuites – Argentine 252008-11-14T13:30:13Z2008-11-14T13:08:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/42/87/73/san-ignacio-2/san-ignacio-mini-argentine---12.jpg" />
San Ignacio Mini - Mixité civilisatrice
Je m'étais donné du temps pour te parler de San Ignacio. C'est d'abord la petite histoire des Guaranis qui m'a interpellée. Maintenant c'est la majestuosité
du site. En pleine forêt équatoriale, cet espace était le cœur de l'activité. La grande place des armes, l'immense église qui mêlait pierre et bois dans sa construction, (elle fut si facile à
bruler), les salles de classe, les ateliers, les cuisines.
Sur la façade du grand portique à l'entrée, il y a la sculpture de deux anges. Celui de droite taillé par
les Jésuites, celui de gauche copie et réappropriation par les guaranis. Ils savaient tout apprendre. En 150 ans la mission a modifier la société guarani. Il y a eu une phase d'adaptation à la
vie urbaine, une phase d'imitation, et ensuite ils devinrent des créateurs. Batiments, sculpture, tissage. Il y a eu des écrivains guaranis et des luthiers reconnus en Europe, des peintres et
sculpteurs très prisés. Quelle adaptation : d'une économie de subsistance basée sur la cueillette, la pêche sans utilisation de vêtement (c'était des ornements), cette population qui se
déplaçait jusque qu'aux contreforts des Andes, s'est urbanisée et s'adapte au modèle de vie occidental en perpétuant ses propres traditions, ses propres valeurs.
Tu ne te lasses pas de te promener, de laisser la lumière te surprendre entre les nuages rapides et les
ombres des pierres rouges. Même si tu entends encore un peu un moteur au loin, c'est le vert de la végétation qui t'emporte, le bruissement des feuillages.
Huguette après nous avoir décrit avec passion la vie de cet espace , de ces êtres, explique les
difficultés des reconstructions archéologiques, et la lutte permanente pour préserver ces lieux des intempéries et de la végétation qui décèlent les pierres. Il avait fallu 15 ans pour construire
cette immense église de pierres sèches taillées. Plusieurs centaines d'ouvriers guaranis.
Nous visiterons d'autres missions, aucune en aussi bon état, mais c'est important de sentir ces lieux
revivre par la parole de notre conférencière.
Merci Huguette
San Ignacio mini 2 - Argentine 25
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A suivre :
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(1)
Début : retour
d'Argentine
http://www.albumrj.com/article-24674176.htmlThe visitor - Vicky et Woody - Adieu Miriam2008-11-12T11:35:43Z2008-11-12T11:17:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/42/87/73/fleurs-1-copie-1.jpg" />
The visitor - Vicky et Woody - Adieu
Miriam
Il n'est pas cinq heures quand les voix enflent de l'autre coté de la cloison. La femme se débat dans une
crise de larmes et le garçonnet hurle tout ce qu'il peut. Les portes flambent. Des talons martèlent le carrelage. Ton cœur saute. Que se passe-t-il ? Quelques coups de poings sur la cloison,
tu n'entends plus que les cris de l'enfant qui semblent s'adoucir. Tu penses que la crise est passée, tu te laisses reprendre par le sommeil. Erreur. L'interphone vibrionne toutes les minutes,
coups dans les portes d'ascenseur, cavalcades sur le palier. Demain tu demanderas des explications. Au marché tu croises le voisin : quel chahut ! Que se passe-t-il ? - c'est les
Roumains qui habitent le deux-pièces, ils sont plusieurs familles !
Ta colère tombe d'un coup, qu'est-ce qui reste à expliquer ?
L'après-midi tu regardes « The Visitor », et tu glisses doucement de l'univers figé et feutré
des universités, vers celui incertain de l'immigration, et des sans papiers. Comment la réalité des êtres qui vivent dans cette semi-clandestinité bouleverse l'âme du plus endurci pour se faire
broyer par la mécanique froide et inhumaine de la machine administrative gérant les irréguliers? J'aurais presque envie d'apprendre le jambé, tellement le cœur et le rythme du tam-tam
peuvent être en symbiose et te bouleverser. La force d'un grand film, c'est de t'amener progressivement là où tu ne serais pas aller, de t'impliquer par la conscience de ton regard. Et là, pas
besoin de sous-titres, juste un bref moment de vie, et cette fenêtre ouverte sur une autre réalité tu ne peux plus la refermer. Tous les acteurs sont merveilleux de simplicité, de justesse, de
retenue dans la douleur. Jamais de pathos !
Le réalisateur, Thomas McCarthy, je le découvre sur Télérama. L'acteur principal Richard Jenkins je
l'avais déjà vu. L'aurais-je reconnu ? Non bien sur... Pourtant il avait tourné dans des films de Woody Allen...
Ah ! Ce vieux Woody, ce qu'on l'aime ! Mais là avec « Vicky Cristina Barcelona », il
se moque de nous. J'avais vu deux de ses pièces au théâtre de l'Atelier il y a deux ans qui étaient creuses, caricaturales, sans intérêt, et franchement pas écrites. Comme dans ce film ! Je
ne sais pas si son fantasme c'est de désirer trois femmes à la fois, mais son histoire est tellement décousue et ahurissante de clichés qu'il est obligé de nous l'expliquer en voix-off. C'est une
autre vision de l'immigration que celle des jeunes américaines à Barcelone pour études. On est loin de « l'auberge espagnole » tout y est factice et n'aurait même pas pu faire un roman
photo pour « Nous-Deux ». A l'évidence, sorti de Manhattan, le vieux Woody s'est perdu dans son guide de Barcelone...Déchéance.
Une autre vie d'exilée, réelle, passionnante et engagée, celle de Miriam Makeba. Je l'avais revue à
l'Olympia, il n'y a pas longtemps (je crois en 99), elle avait soixante neuf ans. Elle était accompagnée par un groupe où figurait une de ses petites filles. Elle nous a fait un petit
discours rare en français sur la liberté. Quand tu réalises que Pata Pata, c'était aussi l'émergence d'Elvis Presley, la guerre pour le canal de Suez, l'apartheid, les premiers boycotts de
Martin Luther King pour la discrimination dans les bus aux US. Chassée de son pays, chassée des Etats Unis ! (« The Visitor » restera longtemps d'actualité !) J'avais
deux trois bouquins sur les Black-Panthers, des années 70. Je ne les ai pas retrouvés, comment y était-elle associée ? Amour et engagement politique. Car vivre, quand tu es sans droit,
c'est s'engager. Et dans le petit claquement sec de « tapa tapa » tout un paysage de rêve quand tu le réécoutes.
http://www.albumrj.com/article-24518320.htmlSan Ignacio Mini - Missions jésuites - Argentine 242008-11-07T17:46:12Z2008-11-07T17:23:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/42/87/73/san-ignacio-1/argentine---san-ignacio-8.jpg" />
San Ignacio Mini
Nous redescendons dans la province de Misionès vers Posadas, depuis la partie brésilienne des chutes d'Iguazù. A mi-chemin nous visitons les ruines
de la mission jésuite San Ignacio.
Quand je choisis notre programme de voyage, je ne comprenais pas trop ce que j'irai voir là-bas. J'avais en tête le film Mission, et cette histoire de
massacre d'indiens convertis au christianisme et plutôt paisibles. Dans le film pour accentuer l'émotion, ils situent l'action dans le décor des chutes d'Iguazù. Nous n'aurons pas besoin de les
escalader pour visiter les vestiges des missions qui s'étaient développées depuis le XVII ème siècle entre les territoires traversés par les fleuves Rio Paraná, Rio Iguazù, Rio Uruguay. C'est
cette idée de République Guarani qui a déclenché ma curiosité.
Entre l'archéologue et la conférencière locale, complètement imbibée de la culture guarani, toujours à traverser les trois frontières, Argentine,
Brésil, Paraguay, la restitution de l'histoire captivante et riche d'émotions est l'œuvre de cette dernière.
San Ignacio a été un peu restaurée, parfois avec des maladresses et des inexactitudes, mais les proportions sont là. Et le travail des artisans peut encore se
regarder avec gourmandise. La végétation sous ce climat tropical continue lentement le travail d'effacement des vestiges, des ruines des guerres qui ont détruit ces missions à partir de
1767.
Les jésuites avaient accepté la langue guarani comme langue officielle, ils avaient converti un petit 20% de la population, mais conservé l'organisation sociale
des guaranis et l'essentiel des structures économiques fondées sur le partage et la mise en commun de la production agricole. Il n'y avait pas de « marché », on produisait juste le
nécessaire pour vivre.
Bien qu'ils fussent des guerriers, les guaranis recherchaient ce qui dans leur langue était désignée par « la Terre sans Mal », ceci a nourri la
légende qu'ils cherchaient « le paradis perdu », l'Eden. D'où cette démarche des jésuites qui rapprochent les croyances guaranis de la religion chrétienne et qui servira de levier pour
les conversions. Au besoin les jésuites ajoutent des croix sur les peintures rupestres guaranis. Ça c'est de la com. !
San Ignacio - Missiones 1-1 Argentine 24
envoyé par albumrj
Plus de 70 000 âmes au sens de « foyers » étaient dénombrés à l'apogée des missions. L'essentiel de cette culture guarani a été repris au Paraguay.
Mais l'idée du communisme est un peu passée de mode...
A suivre : San Ignacio (2)
Précédent : ombres et lumières d'Iguazù
Début : retour d'Argentine
http://www.albumrj.com/article-24263749.htmlGrands Moulins de Pantin - La reconstruction2008-10-31T09:06:03Z2008-10-30T23:02:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html
Grands Moulins de Pantin - La reconstruction
En 2006, j'avais été interpellé par les travaux de
démolition des Grands Moulins de Pantin. Comme je te l'ai déjà dit c'est un témoin de mon enfance. Comment je tombe sur ce site de visites dans le 93, je ne sais plus, mais je suis heureux de
cette rencontre. Tu trouveras le lien à la fin de ce sujet.
Ce 25 octobre, après m'être inscrit plusieurs fois pour une visite guidée, certes j'aurais aimé voir le
chantier de l'intérieur, « Tourisme 93 », m'envoie son invitation.
C'est un extrait des deux heures de ballades que je te propose dans la vidéo (en moins de quatre minutes)
.
En 2007 j'avais refait un petit sujet, où on voyait bien les parties démolies et conservées. J'ai eu du
mal à retrouver pour les comparer des angles identiques, mais je m'y retrouve.
Nous étions accompagnés par un photographe ayant fait des reportages quand les moulins cessaient leur
activité, il a rencontré des personnes ayant fait toute leur carrière aux grands moulins. Fou ! Hein ! Trente cinq ou quarante ans de sa vie au même endroit dans la même
boite ! T'oses pas y penser.
Mais quand il t'explique la philosophie de l'employeur, non seulement la production était là, mais aussi
les bureaux d'études sur les farines, semoules, mais en plus que tous les métiers de maintenance appartenaient à l'entreprise. Alors là, chapeau...
Notre photographe conférencier, d'un nom prédestiné pour les études de ces moulins industriels, prépare un
livre photos et témoignages. Il me tarde.
Bien sur, je ne suis pas dupe, c'est une usine fermée, c'est un site industriel fermé, démantelé, mais les
murs, la silhouette des bâtiments principaux, la couleur des façades en briques jaunes, me ramèneront le souvenir de ce vieux bâtiment massif sombre, presque inquiétant les soirs d'hiver, tel que
ma mémoire d'enfant l'a connu.
Une banque va s'installer là, autour de septembre 2009 ! Les veinards. Parce qu'entre les tours de la
Défense et la berge du canal de l'Ourcq, il n'y a pas photo. A l'heure du Velib, ils oublieront la cohue du RER A entre 8 h et 9 h. Le vieux VTTiste retraité passe là, deux trois fois par
semaines, le canal c'est l'antistress. Cette nouvelle construction passe en aveugle, le témoin, entre des générations, des métiers, des hommes qui ne se seront jamais vus et qui ne s'imaginent
peut-être pas.
Grands moulins Pantin- reconstruction 2008
envoyé par albumrj
Je n'arrive toujours pas à comprendre comment une organisation sociale peut se développer sans que les
métiers de la production, ceux qui fabriquent les biens tangibles qui nous sont indispensable pour vivre, soit perçus comme apportant valeur et sens autant que les métiers intellectuels ou
culturels.
Les grands Moulins de Pantin en
2006
Etat de la démolition en 2007
Lien sur tourisme 93
http://www.albumrj.com/article-24065263.htmlOmbres et lumières d’Iguazù- Argentine 232008-10-25T09:11:44Z2008-10-24T20:20:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html
Ombres et lumières d'Iguazù
Après avoir parcouru les belvédères au-dessus des chutes, Huguette
notre conférencière locale, nous fait presser un peu car il y a le chemin de découverte qui nous emmène au pied des chutes qui vaut la promenade. Elle fixe un lieu de rassemblement sur une
petite place à l'abri où elle pourra expliquer le parcours, sans avoir besoin de couvrir le grondement de l'eau.
Le « circuit inférieur » aménagé permet de découvrir les 275 chutes du « Salto
Bossetti » dont 35 ont un nom précis. Comme la plus célèbre, la « Garganta del Diablo » qui a fait l'objet du premier sujet sur Iguazù. Bien sur les grincheuses de service
s'inventent des soucis cardiaques pour exiger d'être aidées dans les cent mètres de dénivelé. Heureusement, une voiturette façon promenades de golfeur passe. Huguette interpelle le conducteur et
nos deux pleureuses seront emmenées à la gare du petit train. Tu voyais le coup qu'elles nous empêchent de faire le tour...
La journée avance vite, le soir nous avons rendez-vous à Posadas. Et le dernier train est dans deux
heures, Huguette t'avertit du plus loin du chemin il faut trente minutes pour le retour à la gare.
Bien sur aux endroits où les points de vue sont les plus spectaculaires, il y a un petit monde, mais c'est
très agréable. Un chemin d'ombres et de lumières, t'immerge dans la forêt amazonienne. Tu t'y crois. Il y a eu beaucoup d'aménagements pour permettre aux touristes de se promener, mais
l'impression reste forte. D'abord l'humidité qui t'imprègne, et qui développe des mousses odorantes. Des oiseaux sous les feuillages pas effarouchés par les flashes des photographes. Quelques
belles araignées, ce n'est pas trop ce que j'aime, et ici ou là il faut renouveler ta protection anti moustique.
La brume des chutes et le soleil t'amusent de leurs arcs-en-ciel qui t'accrochent à chaque nouvelle
chute qui débusque derrière un nouveau chemin. T'as fait plein de photo. Tu sais que demain on recommence coté brésilien, mais chaque angle ou perspective t'attire.
Tu comprends mieux la « Mésopotamia » argentine. La puissance de l'eau, du soleil, de la
végétation.
Huguette t'explique qu'on est à la limite de plusieurs frontières. Que le Rio Iguazù et le rio
Uruguay séparent l'Argentine avec le Brésil, que le rio Panama dans lequel se jette le rio Iguazù c'est la frontière avec le Paraguay. C'est dans ces terres qu'on trouvera les missions jésuites
où vivaient les Indiens Guaranis, ceux qu'on voit dans le film Mission, tourné dans ces chutes. On en visitera trois dans les deux jours qui viennent.
Dans l'album photo, j'ai un peu de mal à trier, j'en enlève deux sur trois...Quand j'ai fini, je les
regarde toutes une fois encore. Ombre, soleil, lumière, moiteurs, couleurs, tu ressens tout.
iguaçu 2 ombres et lumièresArgentine 23v3
envoyé par albumrj
Le train nous attendra plus de 20 minutes...Heureusement qu'on n'a pas du se coller les quinze bornes du
retour à pied.
A suivre:
Précédent : dernier train pour Iguazù
Début: retour d'argentine
http://www.albumrj.com/article-23991742.htmlLe café « Canaka »2008-10-22T16:39:30Z2008-10-22T15:14:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/42/87/73/caf--canaka/champerret-et-la-salle-de-bain.jpg" />
Une photo, un jour : Le café
« Canaka »
Le jeune garçon se penche à la fenêtre de la cuisine et crie dans la rue en levant la tête :
Jacques ! JJAAACQUEEES ! Il laisse passer un temps puis s'époumone à nouveau. Dans la rue les gens qui font leurs courses au crémier ou au boulanger lèvent la tête. Ils vérifient sans
plus, c'est bien lui, c'est bien eux. Bien sur les gamins, on est connu de tout le monde ! Pas sur qu'on reconnaisse tous ces gens qu'on croise. On ne pense pas à eux, c'est à peine si on
les voit dans ces courses vers le lycée, vers le basket, vers nos copains...
Ta mère te demande d'arrêter de crier comme çà. Mais tu y vas encore un bon coup. Au troisième une fenêtre
s'ouvre, un peu en dessous:
-« qu'est-ce que tu as à gueuler comme çà ? »
-« Rien, j'appelle Jacques »
Au cinquième, décalé de trois ou quatre fenêtres, la tête de Jacques apparaît. Tu l'as laissé, il y a
moins d'une demi-heure :
-« J'ai fini ma carte ! Viens ! »
-« j 'arrive ! » Tu l'attends ...
Dans la chambre que tu partages avec deux de tes frères, un clou au mur retient une carte de France en
plastique avec les départements en puzzle multicolore qui y sont clipsés. C'est la carte « cadeau » du café « Canaka ». Tu l'avais commencée vers Pâques quand ils
avaient lancé le « Canaka Rouge » ; avant le paquet était jaune...Le café était fabriqué pas loin, à Levallois. Il était vendu à la coopérative des pompiers, installée boulevard de
l'Yser, sous les hangars désaffectés des anciennes usines Rosengard. Le périphérique n'avait pas encore mangé l'espace, et de la porte Champerret à Levallois, il n'y avait qu'une rue à
traverser.
T'expliques à Jacques qu'en faisant les courses, il y en avait qui voulaient échanger des départements. Et
que tu as pu trouver ceux qui te manquaient. Il y en avait des rares ! C'est comme çà que tu as fini ta carte...Mais tu es en retard, le concours finissait cette semaine, et tu n'auras pas
le temps d'envoyer le bulletin réponse. T'es content, parce que tu as fini ! C'est vrai ce truc trainait en longueur, t'avais plus envie. On achetait les paquets de café par quatre, et
parfois on tombait trois fois sur le même département. Du coup ça n'en finissait pas. Il avait déjà fallu trente vignettes de paquets pour avoir la carte support, et
quatre vingt dix départements ça devait en faire des paquets de café...
Jacques te regarde un peu moqueur.
-« Moi je collectionne les figurines Mokarex ! » Et il te montre toute une série de soldats de
l'empereur, avec les costumes, les armes, et les vignettes de couleur pour les peindre.
-« Mince alors, que c'est beau... »
On fera des parties, des échanges, quand même, des soldats Mokarex, j'ai jamais du en avoir que deux
ou trois. Il fallait une panne de café ! Tu sais, quand je faisais les courses, je prenais tout en grande quantité, j'avais tellement entendu maman dire « j'espère qu'on ne va pas
manquer de ci ou ça. » Alors c'était 5 kilos de sucre, quatre paquets de café Canaka, deux paquets de farine, trois grosses boites de haricots verts « mange-tout », deux litres
d'huile, un kilo de confitures de fraises et je faisais remplir mon panier de quatre bouteilles de vin en litre étoilé. Je calculais, s'il me restait assez, j'ajoutais 2 boites de « lithinés
du Docteur Gustin » pour mettre dans l'eau du robinet. Çà pétillait un peu et ça sentait moins la javelle, même si c'était salé comme du Vichy. Jacques lui préférait « l'eau
bulle ». Elle pétillait plus. Ça me fait penser, que c'est cette année là, pendant la colo à Moussey et le long du Rhin, que j'ai bu mon premier coca-cola. Le picotement des bulles
était tel que j'ai demandé s'il y avait de l'alcool. J'avais déjà gouté du vin, un peu de « gnole », je buvais facilement de la bière ; mais je n'avais jamais bu de coca. Je n'en
ai pas bu souvent depuis, pas comme mes enfants. Mais ça restait une boisson de « fille », et nous nous boirons de la bière...
Des fois, quand il y avait les grèves, maman était inquiète de tout. Le placard dans la
cuisine était en hauteur juste à peine au-dessus de nos têtes. Pour savoir ce qu'il restait, elle prenait un tabouret et montait pour vérifier. Du coup comme on avait beaucoup d'avance, on ne
surveillait pas tout.
Alors, on finissait par manquer de café, et le matin à sept heures tu dévalais les étages, prenait un
grand pain au boulanger et demandais un paquet de café. « Lequel veux-tu ? Or, rouge, moulu ? » Tu regardais les paquets marron bronze du café Mokarex et tu lançais
comme un défi : « Or! » C'est quand il annonçait le prix que tu n'étais plus sur. Le billet y était passé, à la coop t'aurais eu au moins trois paquets. Mais, hein ! On peut
faire le café !
Tu buvais du café ? T'avais quel âge ?
Tu vois la photo, le bébé flou, c'est mon petit frère, on doit être en cinquante huit, j'avais treize ans.
Je prends la photo avec mon « Ultra-fex » au 1/25ème de seconde sans flash, il faisait beau, on était heureux.. Forcément elle est bougée. J'allais au lycée à Neuilly
(réfléchis pas, il y a une réforme tous les deux ans, le partage collège / lycée n'était pas encore fait sur les bases d'aujourd'hui), et à cette époque on avait moins de vingt heures de cours.
C'est notre cuisine à Champerret. La porte derrière, c'est le couloir. On était six gosses plus les parents dans ces soixante quatre mètres carrés. On y sera en tout dix quand les deux derniers
(un frère et une sœur) naitront. Pas de salle de bain avant trois ou quatre ans. Pas toujours d'eau chaude. Pas de télé. Elle arrivera l'année suivante. Un frigo : depuis un an, un
« Kelvinator ». Sur la cuisinière « Far » derrière, la bouilloire ! Chauffer l'eau pour se laver, la vaisselle, le café.
Depuis quand buvais-je du café ? Je pense depuis un ou deux ans, peut-être plus. Avant, on buvait du
chocolat. Du Van Houten. Nous avions le souvenir de notre première école à Boulogne, où il y avait l'usine. L'odeur, le goût nous est resté pour toujours. Enfin, aux ainés ! C'était parfois
amer, même en y mettant du sucre. Les petits n'aimaient pas et ont vite préféré le « Banania », du coup je suis passé au café. D'abord avec du lait, ensuite simplement noir.
C'était une époque où on avait le temps, même aux pires moments de ma vie professionnelle, le rituel du café m'est resté, avec ce temps de latence où tu laisses ton esprit s'échapper. J'ai eu
toutes sortes de cafetières, les pressions, les italiennes, les expresso, pour revenir au filtre tranquille...
A l'époque ce n'était plus la chaussette ! Je ne peux dater quand nous l'avons abandonnée, mais
c'était au milieu des années cinquante. Il n'y avait pas de filtre, au sens d'aujourd'hui, mais une sorte de chaussette en coton roulée sur un anneau. Elle baignait dans le café une fois passé,
on la retirait pour y mettre le couvercle de la cafetière, en émail bleu. On y faisait de bien trop grandes quantités de café, on repassait de l'eau sur les marcs froids, on réchauffait ;
rien que l'odeur du « rebouillu » te dégoutait. Une tante, gamin, nous chantait « café bouillu, café foutu ! »
C'est que maman recevait des voisines ou les collègues de papa. Et le café était le lien, l'accueil. Quand
je rentrais du lycée, avec ces emplois du temps à trous (8h-10h puis 15h30-17h30), tout était bon pour faire le café, me mettre dans la conversation. Souvent madame M. était là. Une petite
trentaine d'années, elle avait été la nourrice supplétive pour ce petit frère. Habillée d'un pull rouge très ajusté, cheveux noirs assez longs, toujours maquillée, t'aimais la
regarder, lui parler. - « Tu nous fais le café ? » Demandait-elle dans un sourire.
Tu t'y faisais de bon cœur. Fallait le moudre. On n'utilisait plus le vieux moulin à main, avec son décor
bleu de vaches à l'abreuvoir ou d'aubes de moulin poussées par l'eau, son tiroir qu'il fallait coincer entre ses genoux pour qu'il ne tombe pas quand on « tournait le moulin » ;
non, il y avait le moulin électrique, le « Moulinex ». Si tu ne tenais pas bien le couvercle tu retrouvais tout par terre. Et là bazar ! Ça chauffait pour que tu passes la
balayette. Le café moulu existait déjà. Bien plus cher, mais surtout le bouche à oreille disait « on ne sait pas ce qu'il y a dedans. »
Ensuite tu mettais ce qu'il fallait dans un filtre en fer chromé, bien brillant et tu versais
doucement l'eau bouillante sortant de ta bouilloire, par petites doses pour que le café gonfle. Tu versais juste au-dessus, tout près, qu'en tombant l'eau ne fasse pas de trou et
mouille tout le café. Une petite mousse se faisait sur le dessus, dessinant toutes sortes de formes colorées et l'odeur te prenait. T'entendais même le petit crissement de la mouture qui se
gorgeait d'eau. Puis les premières gouttes : plic ! Ploc ! Si on ne te disait rien, tu mettais vingt minutes à le faire passer, à surveiller que ça ne coulait pas trop vite, que tu
ne mettais pas trop d'eau. Ton esprit s'évadait, rêvait. Si on s'impatientait ! Alors vlan ! Tu vidais la bouilloire, sans rien vérifier, même si çà débordait.
Autrement quand tu le servais, tu aimais entendre dire qu'il était bon, frais, agréable. Tu buvais le tien
debout, après y avoir mis un gros sucre, d'un grand trait. Il n'était plus très chaud.
Là, pendant que tu le faisais, tu ne pensais à rien sinon à cette eau qui se charge de saveurs en enrobant
suavement le café.
Combien de fois me suis-je levé une heure plus tôt, parce qu'en ne pensant à rien au-dessus du bol de café
fumant, tant de choses se mettaient en ordre ?
lire aussi : L'origine du monde, du
mien!
http://www.albumrj.com/article-23852024.htmlAutour du 104 - le Crachat.2008-10-22T16:44:55Z2008-10-18T12:04:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html
Autour du 104 - le Crachat.
Ce miroir parabolique qui te renvoit l'éclair du
flash sur le mur aveugle du 104, c'est la contradiction de notre système, de notre monde. Ce mur n'est aveugle que d'un coté, il ne veut pas voir la réalité du monde. L'œil schizophrène ignore
dans la foule béate de ce dimanche d'inauguration, le quartier abandonné qu'il a du traverser. Ils ne comprennent rien, ils ne voient rien, mais ils sont là, les camions de télé et leurs
paraboles aussi. Comment peux-tu marcher un œil dans la lumière des flashes et l'autre à surveiller tes pas sur les trottoirs étroits de la rue Riquet, dans les crachats ?
Car la bouche du Métro Marx Dormoy en a craché des célébrités ou des gens simples comme moi venu découvrir
le nouvel étalon du vide sidéral. A mettre au pavillon de Breteuil comme on disait avant pour le mètre étalon en platine iridié. (T'as vu, j'ai encore le niveau certif...).
La longue cohorte des curieux hésitait, regardait son plan, et s'engageait dans la rue Riquet. Enfin,
heureusement qu'il y avait du monde, car la rue Riquet n'est pas des plus engageantes. Faut avoir besoin ! Quoi ! Mais en ce dimanche ensoleillé, poussé les uns par les autres, on parle
fort et on y va, on avance. Dur de marcher à deux de front c'est tellement étroit et envahi de partout, c'est pas les Champs-zé. Même le dimanche, il y a encore des commerces ouverts, des rideaux
gris cachent la tristesse des cafés et sous les stores noircis qui tombent en lambeaux de moisissure, quelques éventaires pour ceux qui ne peuvent aller au marché de l'Olive. Puis tout de suite
le pont désert au dessus des rails menant gare de l'Est. Pour le touriste « venant de Paris », le risque n'est pas dans la promiscuité de ce quartier pauvre, même plus dans les crottes
de chiens qui ont depuis longtemps été piétinées, mais dans le mollard, le crachat, qui colle aux semelles comme la misère...
La Chapelle est une enclave. Le quartier de la Chapelle entre les rails de la gare du Nord, ceux de la
Gare de L'Est, coincé au Nord par le périph et au Sud par la ligne N° 2, est un désert vivant. Mes enfants ont fait toutes leurs études en respectant les principes de la carte scolaire,
mais ils étaient habitués : dès la maternelle rue de Torcy il y avait huit langues...Aujourd'hui la vie moderne y concentre beaucoup des déshérités. Et ceux qui craignent fuient les
écoles de la République pour les privées cathos...
La respiration du quartier se fait donc par la rue Riquet vers le 19eme, le quartier Curial et les Orgues
de Flandre, et par la rue Ordener vers la mairie à Jules Joffrin. Pourquoi ce quartier est-il abandonné ? Là, je suis incompétent ! Je peux juste te dire mon émotion après plus de
trente six ans que j'y suis, à voir s'y dégrader la vie, la rue, les espaces publics. Alors quand je visite ce 104, quand j'essaye de comprendre ce qu'il peut nous apporter, les bras m'en tombent
comme quand je te décrivais la rénovation de la piste cyclable le long du canal de l'Ourcq. Il y a des images, celles que je photographie, qui se veulent belles et agréables, mais l'objectif ne
saisit que ce que je lui montre. Autour du « Cent Quatre » la vie n'est pas faite de lumière et de poésie, mais du roulement des trains, de la lumière crue des projecteurs sur les zônes
industrielles les entrepots, des pleurs et des cris sur les trottoirs devant les portes cochères tard dans la nuit. De cette longue file silencieuse chaque matin devant le secours
catholique...
Le canal de la Villette juste après les Orgues de Flandre, s'affiche comme une nouvelle base de loisir.
Même des gros bateaux de plaisance viennent y prendre un anneau. Ils côtoient les péniches relookées en bar, salon de music ou atelier théâtre... Mais les entrepôts Pajol depuis 20 ans attendent
qu'on leur trouve une destination. Chaque élection fait naitre un nouveau projet que l'élu avorte.
Le quartier devient sale. Pas seulement parce que la population y est plus dense qu'ailleurs, plus
diversifiée mais parce qu'on l'abandonne. Il vaut mieux dix nettoyeuses de chewingum autoportées sur les Champs-zé qu'un balayeur sur la Chapelle. Le touriste est roi, le citoyen
n'est que cloporte. Aucune chance d'une vie sociale, juste la rue brute. Faute d'y trouver de la vie tu craches sur ton mauvais sort. La rue est sale, la vie est sale, et ma
tête ?
Le vieux Leo chantait le « crachat » à la « Mutu » - j'étais jeune - « Je
suis la conscience du monde !»
Autour du 104 et du canal de l'ourcq
Vidéo envoyée par albumrj
ballade aussi dans les mots du vieux Léo
Précédant : 104 unité de mesure du vide sidéral
Voir aussi: mon beau canalhttp://www.albumrj.com/article-23768638.html104 - Nouvelle unité de mesure du vide sidéral2008-10-15T21:26:14Z2008-10-15T17:37:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/42/87/73/104-aubervilliers/104---31--portique--DSC_0119.jpg" />
104 - Nouvelle unité de mesure du vide
sidéral
Quand tu traverses le 104 ce lundi 13 octobre c'est vertigo ! L'appel du vide. Comment passer de
la pression atmosphérique au vide parfait ? Traverse le 104, c'est moins cher qu'une pompe à vide.
Quand tu travaillais dans l'instrumentation, tu testais les composants. Tu les mettais en immersion
dans un grand récipient où une énorme machine Shadock pompait. Là, t'avais un objet plein de sens, destiné à faire des mesures physiques, s'il laissait échapper des bulles c'est qu'il était creux
ou plein d'air, mais les bulles d'air qui s'échappaient le remplissaient-elles de vide, où altéraient-elles son sens ? Elles le détruisaient !
Pas de bulles qui s'échappent du 104. Il est bien plein de vide !
La preuve que la pompe à vide marche mieux que l'accélérateur du CERN, c'est que dimanche, la veille quand
j'y passe, il est impossible dans la douce moiteur de ce soleil d'automne de traverser droit, tellement l'agitation brownienne des corps surchauffés dans un espace rempli d'individus qui se
heurtent sur la vitre de la lumière noire de l'inconnu, fait barrière. A quoi ça sert ! Qu'est-ce que c'est ! On n'y comprend rien ! Qui travaille là ! Où sont les
artistes ? Qu'est-ce qu'ils montrent ? Chaque interrogation ionise l'espace et les hommes-électrons se choquent d'atelier en atelier rejetés / attirés par des forces contradictoires
multipolaires.
Dans un tube à vide, comme ton vieil écran cathodique de télé, tu n'as qu'une cathode pour émettre les
électrons. Là, les hommes-électrons sont injectés de partout, et même de nulle part, se focalisent sur un panneau d'écrans lumineux, la seule chose compréhensible : l'atelier
vidéo : Anode numéro 4. Elle pompe seule, l'artiste a disparu dernière la technologie et les automates.
Pour décharger l'électricité statique générée, il faillait une mise à la masse (comme dit mon
électricien auto), la prise de terre est constituée des stands d'accueil qui distribuent des ions positifs en prospectus et affiches qui annulent l'énergie hommes-électrons chargés
d'incompréhension, ils ont de quoi lire, ils ont de quoi voir, ils sont stables et peuvent quitter l'espace.
Donc ce lundi quand t'y retournes, l'espace est à toi, ou plutôt le vide. T'as le vertige, et tu reviens
au bord du vide ? T'es maboul ? D'abord tes impôts ont payé ça, comme au poker, tu payes, faut voir. Comprendre ? L'hôtesse d'accueil prolonge le vide de son ennui, son
regard a dépassé les limites de l'espace, elle est ailleurs, elle s'est construit son univers !
- Bonjour, pouvez vous simplement me dire qu'est ce que
c'est que le 104 ?
Brutal retour sur terre. Elle se lève de son bureau, vient vers toi, te sourit, joli visage rond, des yeux
clairs :
- Un lieu où des artistes peuvent travailler, et où vous
pouvez les voir dans leur travail.
- Heu ! Je n'ai rien vu, j'étais passé dimanche on ne
pouvait rien voir, qu'est-ce qu'il y a à voir ?
- Tout est la !
Dans ce grand programme accordéon qu'elle déplie devant moi plein de dates et de noms parfaitement
inconnus.
- Je vois qu'il y a des ateliers où l'entrée nécessite un
billet 7 ou 5 euro ? C'est quoi ?
- Oui, c'est pour des dates précises. Qu'est-ce qui vous
intéresse ?
- La vidéo
- Aller à l'atelier 4, c'est gratuit aujourd'hui, ça
fonctionne. Après, je ne sais pas, c'est dans le programme...
T'es seul, sauf une autre hôtesse, son regard te coupe la méchanceté d'être plus direct pour questionner,
risquer d'approfondir le vide. Tu prends le prospectus que tu ranges dans le sac à photo. Elle ne se rassoie pas, elle te regarde partir, les bras appuyés sur la tablette. Trop gentille cette
fille !
L'atelier 4. C'est le vide vidéo. Dimanche tu ne pouvais y entrer. A cet instant, tu es seul dans une
salle immense, huit écrans, une sono impeccable, pour un documentaire où tu regardes une histoire vide de sens, mais sous huit angles différents... Est-ce la même
histoire ?
A suivre : autour du 104
http://www.albumrj.com/article-23626597.htmlDernier train pour Iguazù - (Argentine 22)2008-10-24T20:29:34Z2008-10-11T12:18:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/42/87/73/iguazu-1/05-iguazu---premiere-chute.jpg" />
Dernier train pour Iguazù
Tu lâcherais bien tes quatre carreaux pour quatre cœurs. T'entends la locomotive s'arracher pour l'œil de la cataracte. Tu poses ton grattoir ,
redresses ton dos battu et regarde filer la machine sur l'écran de ton PC, juste derrière, le trou béant de la cataracte est là. L'émotion de cette lente approche vers ce site magnifique revit.
Ça fait deux jours que tu veux préparer ton sujet pour ton blog, mais tu t'es lancé dans des gros travaux de décapage de tes carrelages de sanitaires, il faut bien en finir : encore un coup
d'oxydrine ! Frotter à la laine de fer, rincer, espérer... Ah ! Revoir ton Argentine !
Pour tromper ton impatience tu te passes la vidéo sur le PC, t'as le son de tes souvenirs pendant que tu frottes.
T'avais fait ton dernier sujet sur le Périto Moréno. Tu quittes la Patagonie avec ses immenses glaciers et ses vents frisquets, tu te retrouves en Amazonie, avec
sa chaleur humide sous un soleil éblouissant. En vingt-quatre heures ça te dépayse. Seulement là il faut penser aux petits soins contre les moustiques. Entre les deux sites, plus de
trois mille kilomètres.
Tu voudrais jeter l'éponge sur ces carreaux, et rebattre tes coups de cœur du moment !
Quand le bus te dépose à l'entrée, un petit train t'attend ; si tu ne connais pas le parc national d'Iguazù, tu prends ça pour de la frime. Tu te
trompes ! Le train t'emmène doucement dans ce décor amazonien. Il suit une piste de terre rouge avant de rejoindre un des innombrables bras de ce Rio Iguazù; sur son trajet, il fait
une courte halte dans une vraie gare qui dessert des activités nautiques (mais je n'ai pas vu de raft ou de kayac sauter les chutes), avant de te déposer au plus profond du parc. La tu es enserré
dans la grande boucle d'un méandre au pied du chemin des belvédères. Plus de quinze kilomètres.
Dans ce premier sujet tu retrouves ta découverte, ta première approche, comment tu chemines au soleil, le rythme un peu cadencé par Huguette, le long ou
au-dessus d'une immense étendue d'eau plate, presque sans courant. Le rio Iguazù est large à cet endroit de plusieurs kilomètres, à peine délimité au loin par la ligne verte de la
végétation. Après un petit bosquet sur un petit ilot, de l'autre coté d'une passerelle, une brume monte, t'entends le bruit qui n'est pas encore un grondement. Tu aperçois juste ce premier
bord de la cataracte qui crée ce gigantesque remoud. Encore deux cents mètres et tu y es. L'écume remonte du fond du gouffre d'eau, te trempe en quelques secondes. Tes objectifs son
liquéfiés, tu t'es fais avoir ! Un petit repli, tourner le dos, essuyer, tu protèges l'objectif avec ta casquette tu la retires le temps de viser et de déclencher. Essuyer encore.
Quand nous aurons parcouru les belvédères au-dessus des chutes, nous prendrons un autre chemin pour les voir du dessous. Un autre sujet !
iguazu - Argentine 22
envoyé par albumrj
Allez, tu reprendras bien un petit coup d'oxydrine pour finir le voyage !
A suivre:Ombres et Lumières d'Iguazù
Précédent: Périto Mréno et le canal de los Tempanos
Début: retour d'Argentine.
http://www.albumrj.com/article-23486801.htmlPerito Moreno depuis le canal de los tempanos - Argentine (21)2008-10-06T23:32:20Z2008-10-06T23:18:00Zalbumrjhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-41382.html<img src="http://idata.over-blog.com/0/42/87/73/perito-moreno-2/Perito-Moreno---Canal-de-los-Tempanos-13.jpg" />
Perito Moreno depuis le canal de los
Tempanos
Au moment où je reprends mes carnets de voyage en Argentine, entendant les informations
sur la crise financière, et la pagaille des Etats, je retrouve approximativement une pensée de Pierre Dac qui voulait qu'on remplace dans le dictionnaire de l'Académie l'expression
« doucement les basses » par « doucement les hausses ».
Trente kilomètres de long, 195 km2, avec un front de 4 à 5 km et une hauteur de plus de soixante mètres
au-dessus du niveau du lago Argentino. Impressionnant. « Doucement les basses ». Malgré le clapotis, malgré le vent, le glacier respire en sourdine. Quand le bateau coupe les
moteurs et se laisse dériver près de son front, ton attention est toujours alertée par ces morceaux de glace qui se détachent dans un craquement de branche qu'on casse, plongent dans le
lac et doucement dérivent. Quand l'agitation sur le pont se calme, tu l'entends le glacier, tu ressens les forces extraordinaires qui le poussent, le déchire. Le glacier est vivant,
il avance. Depuis combien de temps n'a-t-il pas obstrué le canal de los Tempanos? Au moment de te donner la réponse, je ne sais plus, en plus j'ai prêté mon petit guide « Geo » à
la voisine qui prépare son voyage.
Ces quelques photos et cette courte vidéo pour le plaisir de la lumière, du cache-cache de minuscules
éclaircies et des gros nuages. Des arcs-en-ciel à peine perceptibles, et cette attente du gros bloc qui se détache. Bien sur toujours quand tu ne regardes pas. Ces glaciers sur le Lago
Argentino sont pour moi un moment fort de ce voyage. Un peu idiot, hein ? Cette contemplation des glaciers ? Pourtant ton imaginaire travaille. Plus que les km, les masses immenses en
jeu, c'est la sculpture des glaces, que la lumière rasante comme un spot au théâtre débusque entre les ombres et l'éblouissement des reflets. Comme je cherchais à saisir la chute d'un sérac, mon
caméscope a pas mal tourné, et c'est en revoyant les images que je découvre comme une galerie de portraits. En même temps, en prenant conscience de la profondeur des crevasses, les tensions de la
glace, je comprends mieux qu'il y ait des passionnés pour des randonnées au milieu des séracs. Mais faut être pro !
Perito Moreno - Canal los Tempanos
envoyé par albumrj
Nous quittons avec ce sujet la partie « froide » de l'Argentine, la Patagonie. Dès demain après
une nouvelle escale à Buenos Aires, nous volerons vers Iguaçu.
A suivre:
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Argentino
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