ciné

Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 17:08

Publié dans : ciné

Voyage vers l'inconnu.

Entre l'innocence de l'enfance et

l'amertume des luttes perdues.

 121 Neiges du kilimandjaro

Quel film ! Quel Voyage ! Quelle remise en question !

 

C'est pas sur ton petit blog que tu vas philosopher. Et puis comme te le rappelait une vieille amie, t'es toujours prompte à sur-culpabiliser. C'est l'émotion. Tu ne te referas pas maintenant. Aussi, une vieille émotion, celle de tes vieilles peurs, celle de la raclée si tu déconnes, celle de décevoir ceux que tu aimes, ceux à coté de qui tu t'es engagé ; cette vieille émotion t'a éclaboussé tout au long, de la projection. T'as pas retenu tes larmes...Trop mélo ?

«  Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà ! »

Comment peux-tu ne pas replonger, d'un coup, dans ton passé enfoui dont les vagues du temps raclent inexorablement la misérable couverture de sable. Bien sûr, t'as su par cœur l'essentiel du poème, fallait tout lire, mais quelques paragraphes seulement à apprendre. Déjà le choc du sens était là. L'appartement que tu croyais si grand, s'encombrait régulièrement d'un lit de plus. T'as vu ta mère si souvent pleurer de fatigue, ton père en rogne contre toi. Sauf que toi, t'as jamais manqué de mère, t'as jamais manqué de père, entre les plaintes et les taloches le chemin s'est dessiné, t'as su où tu allais, un jour t'as accéléré.

 

C'est une des révélations du film, pour toi, « les neiges du Kilimandjaro », celui de Guédiguian: l’absence de père, de mère. La précarité de tous les instants, qui impose la débrouille pour survivre, même la violence, quand il n'y a plus d'issue. Alors les règles, la solidarité d'ouvriers ?

 

kili diplDix-neuf cent soixante dix-huit !

Oui, notre voyage en haut du Kilimandjaro date déjà de 1978. T'as retrouvé la date sur le diplôme pour avoir, ta petite femme et toi, atteint le cratère à 5685m. Gillman's point.

Sans préparation, avec un simple kway et un bon pull. Quand le soleil s'est levé, nous étions sur la pente en face du Mawenzi. Il restait encore 6 heures pour Gillman's point. Nous étions partis du refuge à 4800 m un peu après minuit.

Plus d'eau depuis la veille 16 h 00. Entre moins 10 et moins 15. Tu payes cash ton imprévoyance. T'as failli caler, comme l'un qui n'était même pas sorti du refuge. Qui t'aide ? Le guide bien sûr, ta petite femme toujours là. Sans eux tu te serais découragé. L'énergie peut venir des autres quand la tienne manque.

 

Ce sont tes premières vacances au loin, depuis la grande grève de soixante seize, où la restructuration de ta boite a commencé. Grève mal engagée, partie d'un petit noyau, la logistique, visée en premier par la restructuration. Fortement organisée autour de la CGT à l'époque. Les appels à la solidarité fusent. T'as pas le temps de réfléchir, t'as pu consulter personne, ceux de ton syndicat veulent être solidaires et débrayer. Le piège ! Quand t'as le recul tu sais que ce n'était pas le moment. Pourtant faut y aller. Même si les acteurs resteront fiers de leur engagement tu sauras pour toujours que vous vous êtes trompés, que vous avez usé vos forces.

 

Ça faisait pas mal d'années que t'étais délégué, le petit groupe que t'avais fait adhérer s'était agrandi, les cotisations rentraient bien. Ça a permis d'amortir le coup. Des manipulations t'en avais vécues beaucoup, venant de partout. Il n'y a pas de « juste » dans une entreprise, seulement des rapports au pouvoir, aux dirigeants. Évaluation de chaque instant du rapport de force. T'es toujours le salaud pour celui qui perd.

 

Dans les « Neiges du Kilimandjaro », la scène d'ouverture se fait sur le tirage au sort des licenciés par le syndicat. Tu découvriras plus tard la monstruosité inhumaine de cette cérémonie sacrificielle. Pour prouver sa responsabilité, sa solidarité, le syndicat lui-même préside et appelle les futurs exclus qui se rangent au garde à vous comme les volontaires d'une mission suicide. Il ne peut pas y avoir d'entremise entre le syndicat et le patron quand celui-ci licencie. Seulement la réflexion sur les règles les moins contestables. On ne sauve pas ceux qui restent, on détruit la vie de ceux qui partent.

 

Les acteurs du film ont une dizaine d'années de moins que toi. Les personnages qu'ils représentent sont d’aujourd’hui. Pourtant plein de choses t'interpellent. La théorisation permanente des principes de lutte, de solidarité. La mise à l'épreuve par la vie, la violence de leur capacité de raisonner malgré ce qu'ils subissent, en fonction de leur éthique. La capacité à dépasser le repli sur soi.

Est-ce Marseille ? Est-ce le coté fabuliste de la narration ? Tu sais que toi tu ne pourrais pas. Confronté tous les jours à la misère des SDF qui squattent le hall et les escaliers de ton HLM, tu proposes de porter plainte. « Vous n'y pensez pas sérieusement te jettent » des mines horrifiées ! Le matin, un peu après sept heures, tu vas te chercher ton pain frais ou des croissants, des anonymes sortent des immeubles voisins avec un petit sac plastic : des oranges, des bananes, du pain ; ils les déposent sans un mot à coté des sacs de couchage serrés entre la porte et la grille d'entrée.

 

Tes parents, ta vie t'avaient câblé pour le travail, l'entreprise, la reconnaissance de l'effort, la solidarité « entre pairs », la famille. Il ne reste rien de tes valeurs, t'es désemparé de la détresse des rues. Dans ta vie professionnelle et ton action syndicale t'étais porté par la conviction de pouvoir faire bouger les choses. T'as eu la gratification de quelques réussites minuscules. Et les encouragements de ceux qui partageaient tes projets, même dans les mauvaises passes.

Là, tu ignores tout. Perdu. Sans sens.

 

Samedi 22 mai 2010 6 22 /05 /Mai /2010 00:52

Publié dans : ciné

Les Arrivants

 

En reconnaissant les images de la fête de Ganesh, tout d’un coup, tu réalises que ça se passe chez toi. Les « Arrivants » ils arrivent là, presque dans ta rue. Tu reconnais le quartier, les personnes qui y vivent. C’est vrai, tu ne t’es jamais posé la question où ils vont,  ceux qui arrivent par les chemins tortueux, mais pas gratuits,  qui se sont enfuis de leur pays ?

Ben là, dans ta rue…

Alors t’as mixé dans cette vidéo quelques images du quartier quand les habitants partagent leur culture. Mixé avec des images de la tour Eifel, symbole de la ville lumière !

 

Dans l’ombre, les personnels de la Cafda. Tu les découvres. La caricature du fonctionnaire sans implication, ni initiative, s’en tenant au règlement en prend un coup de vieux ! La complexité d’une demande d’asile, t’imaginais pas. Mais l’expertise avec laquelle les personnels guident les arrivants dans les procédures administratives est impressionnante. Ne crois pas qu’ils sont bons par la routine ! Non ! Chaque cas est unique et nécessite vraiment de construire un cheminement  spécifique adapté. Le métier avec lequel ils traitent les besoins des arrivants en sollicitant leur propre autonomie, c’est du grand art. Bêtement toi, t’aurais fait certaines démarches à leur place. Confronté au mur des contraintes budgétaires, t’aurais laissé filer un ou deux de tes propres tickets restaurant. Pourtant faut savoir résister et bousculer le comptable…

 

Quant aux demandeurs d’asile, tu reçois leurs confidences au compte-gouttes. Quelle pudeur pour décrire par quelles épreuves ils sont passés. Parfois tu es surpris par la conviction avec laquelle ils sollicitent certaines aides. Ils mettent toute leur énergie et leur détresse pour un ticket repas.

 

Alors, cette jeune érythréenne qui peut accoucher et bénéficier de la PMI, ça te touche. Tu sais combien ça te coute sur tes cotisations de mutuelle le financement de  la CMU. Constater vraiment le soutien que ça procure à cette jeune femme, redonne du sens aux cotisations sociales.

 

« Les arrivants » est un film qui réconcilie avec nos valeurs sociales et républicaines. Même si tu ne comprends pas pourquoi ce couple de Mongols n’a pas été accepté, si les délais paraissent longs pour ceux qui les vivent, leur accueil est réalisé efficacement et dignement.

 

Si tu n’as pas vu ce film, cours-y vite, quoique peut-être, ça puisse valoir le coup d’attendre le DVD, car le ciné parisien où il est projeté en rajoute sur l’inconfort, et la qualité déplorable de la projection. Le dénuement ?

Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /Déc /2009 23:24

Publié dans : ciné

Tetro de F. F. Coppola: Çà c’est du ciné !

 

tetra 2C’est du cinéma familial, car la famille, le père, la mère le frère sont au cœur de cette poursuite infernale de l’identité de ce jeune de 18 ans.

La fuite, les ruptures, l’omnipotence des uns, le besoin de se réaliser des autres créent un climat de tension, que le noir et blanc, le son parfois agressif, le choix des musiques  amplifient. Le  drame  a des accents insoutenables. Tu respires par les quelques inserts de ballets – Coppélia -  comme je ne l’aurais jamais imaginé. Quelle magie ! Quel rêve ?

Bien sur le secret, et la maladresse de celui qui le déchiffre obstinément. Et cette phrase, « la famille c’est un poignard qu’on te plonge dans le cœur »…

L’histoire est déjà serrée, en plus, la réalisation d’une invention permanente, l’alternance des allégories du spectacle et du réel fait surgir du passé le drame d’aujourd’hui.

tetra 1Ce film m’a enthousiasmé. Quel cinéma jeune, et pourtant si construit ! Quel imaginaire te rend le réel si présent ! Quelle féérie dramatique, te donne doucement la clé de ces êtres !

Ouf ! J’en sort émerveillé et léger !

 

Je ne parle ni anglais ni espagnol, mais je n’ai pas eu besoin des sous-titres. Pas de bavardage, l’image en dit plus que tout. Des mots simples déminent des situations explosives. Tu les reçois et les interprètes sans peine. Le cinéma c’est aussi çà, la vie des images avant la vie des mots.

 

tetra 3Le décor te bluffe. Je te mets trois photos d’Argentine : Le quartier de la Boca à Buenos Aires ; du glacier Périto Moreno en Patagonie, pas loin de El Calafatte ; enfin  un des murs peints du quartier San Telmo qui pour moi met en scènes des personnages qui me font revivre le film. Je me remets au maté…

 

J’avais cru reconnaître un chant populaire sud américain dans ce film, la Sandunga. En écoutant la version que j’ai chez moi, je ne suis plus sur. Si tu le sais, dis-le-moi. La musique est tellement riche que j’en ai oublié bien des titres.

 

Soirée de rêve, malgré la tension…

 

 

 

 

Mercredi 12 novembre 2008 3 12 /11 /Nov /2008 11:17

Publié dans : ciné

The visitor - Vicky et Woody - Adieu Miriam


Il n'est pas cinq heures quand les voix enflent de l'autre coté de la cloison. La femme se débat dans une crise de larmes et le garçonnet hurle tout ce qu'il peut. Les portes flambent. Des talons martèlent le carrelage. Ton cœur saute. Que se passe-t-il ? Quelques coups de poings sur la cloison, tu n'entends plus que les cris de l'enfant qui semblent s'adoucir. Tu penses que la crise est passée, tu te laisses reprendre par le sommeil. Erreur. L'interphone vibrionne toutes les minutes, coups dans les portes d'ascenseur, cavalcades sur le palier. Demain tu demanderas des explications. Au marché tu croises le voisin : quel chahut ! Que se passe-t-il ? - c'est les Roumains qui habitent le deux-pièces, ils sont plusieurs familles !

Ta colère tombe d'un coup, qu'est-ce qui reste à expliquer ?


L'après-midi tu regardes « The Visitor », et tu glisses doucement de l'univers figé et feutré des universités, vers celui incertain de l'immigration, et des sans papiers. Comment la réalité des êtres qui vivent dans cette semi-clandestinité bouleverse l'âme du plus endurci pour se faire broyer par la mécanique froide et  inhumaine de la machine administrative gérant les irréguliers? J'aurais presque envie d'apprendre le jambé, tellement le cœur et le rythme du tam-tam peuvent être en symbiose et te bouleverser. La force d'un grand film, c'est de t'amener progressivement là où tu ne serais pas aller, de t'impliquer par la conscience de ton regard. Et là, pas besoin de sous-titres, juste un bref moment de vie, et cette fenêtre ouverte sur une autre réalité tu ne peux plus la refermer. Tous les acteurs sont merveilleux de simplicité, de justesse, de retenue dans la douleur. Jamais de pathos !

Le réalisateur, Thomas McCarthy, je le découvre sur Télérama. L'acteur principal Richard Jenkins je l'avais déjà vu. L'aurais-je reconnu ? Non bien sur... Pourtant il avait tourné dans des films de Woody Allen...


Ah ! Ce vieux Woody, ce qu'on l'aime ! Mais là avec « Vicky Cristina Barcelona », il se moque de nous. J'avais vu deux de ses pièces au théâtre de l'Atelier il y a deux ans qui étaient creuses, caricaturales, sans intérêt, et franchement pas écrites. Comme dans ce film ! Je ne sais pas si son fantasme c'est de désirer trois femmes à la fois, mais son histoire est tellement décousue et ahurissante de clichés qu'il est obligé de nous l'expliquer en voix-off. C'est une autre vision de l'immigration que celle des jeunes américaines à Barcelone pour études. On est loin de « l'auberge espagnole » tout y est factice et n'aurait même pas pu faire un roman photo pour « Nous-Deux ». A l'évidence, sorti de Manhattan, le vieux Woody s'est perdu dans son guide de Barcelone...Déchéance.


Une autre vie d'exilée, réelle,  passionnante et engagée, celle de Miriam Makeba. Je l'avais revue à l'Olympia, il n'y a pas longtemps (je crois en 99), elle avait soixante neuf ans.  Elle était accompagnée par un groupe où figurait une de ses petites filles. Elle nous a fait un petit discours rare en français sur la liberté.  Quand tu réalises que Pata Pata, c'était aussi l'émergence d'Elvis Presley, la guerre pour le canal de Suez, l'apartheid, les premiers boycotts de Martin Luther King pour la discrimination dans les bus aux US. Chassée de son pays, chassée des Etats Unis ! (« The Visitor »  restera longtemps d'actualité !) J'avais deux trois bouquins sur les Black-Panthers, des années 70. Je ne les ai pas retrouvés, comment y était-elle associée ? Amour et engagement politique.  Car vivre, quand tu es sans droit, c'est s'engager. Et dans le petit claquement sec de « tapa tapa » tout un paysage de rêve quand tu le réécoutes.

 


Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /Nov /2007 00:40

Publié dans : ciné
Faut que ça danse ! – la fête du dieu Ganesh.

Ah! La bonne journée. Le film de Noémie Lvovsky « Faut que ça danse ! » est un vrai délice de délicatesse, d’imagination pour faire face à la réalité de la vieillesse. Il commence par une introduction où l’actrice Bulle Ogier dans le rôle de la mémé sénile défile lors de la fête du dieu Ganesh.

ganesh.jpg
Bien sur, je n‘ai pas résisté à vous en coller une couche vidéo camescopée en 2004. Je travaille pour en faire un petit DVD. J’ai au moins 5 sujets de DVD en retard. En annoncer un sixième devient ridicule…Oui, sauf que le film m’a redonné envie..

 

Et puis le film est plus que bon et intéressant, c’est une jouvence ! .

 

Cherche pas le ressort de l’intrigue du côté de Ganesh, mais plutôt de la « Shoa ». Et puis d’abord, il n’y a pas d’intrigue, seulement le regard croisé des membres d’une famille au travers le temps de quelques semaines où tout bascule. Pour le meilleur, pour le pire ? Pour le bonheur !

 

Chapeau à tous ! Une comédie magique, où trois comédiens « hors d’age » comme on dit d’un vieil armagnac te file un regard jeune sur ta hantise de vieillir. Quelle énergie, chez Jean-Pierre Marielle, quel humour un peu glaçant, mais revigorant chez Sabine Azéma, et quelle folie feinte ou réelle dans l’œil de Bulle Ogier.

 

Ces trois la nous en font voir de toutes les couleurs, mais celles d’un feu d’artifice. Ils sont presque irréels tellement ils sont vrais, et nous renvoient à nos parents et maintenant à nous même.

 

Il y a une scène d’accouchement des plus cocasses. J’y ai retrouvé toutes mes peurs. Mon malaise.

 

Valéria Bruni-Tedeschi c’est le positif de chez positif. Dans une vie où elle ne croise que des hors norme, presque des allumés, elle est toujours dans le réel, le concret, et accepte toutes les folies comme signe de bonne santé, s’y insère et remet chacun dans sa vraie vie. Je ne sais plus qui à dit la « Fée Clochette » en parlant de son interprétation. D’ailleurs je ne sais pas si elle joue vraiment ? Je sais bien que c’est elle ma « fée clochette » !

 


 

Rechercher

Envoyez aux amis

illustrations

  • Phnom Penh Siem Reap - 08
  • 04-femme-ou-fille-de-ramses.jpg
  • les-hauts-de-chateau-bijou-20.jpg
  • Hanoï le marché le matin - 05
  • autour-du-104--riquel---canal-villette-06.jpg
  • prendre les vagues à Biarritz-26
  • Carnaval-de-Paris-2009-12.jpg
  • été du canal- canal de l'ourcq-02
  • Giverny et Monet - 12
  • Passerelle d Holzarté029
  • chartreuse de Valbonne-17
  • 001-club-2.jpg
  • 07-cementero-de-la-recoleta---ange-endormi.jpg
  • 12-humahuaca-plaza--Sargento-Gomez.jpg
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés